{"id":804,"date":"2024-10-29T16:16:38","date_gmt":"2024-10-29T15:16:38","guid":{"rendered":"https:\/\/amanitv.media\/?p=804"},"modified":"2024-10-29T16:16:38","modified_gmt":"2024-10-29T15:16:38","slug":"le-pulaar-ne-merite-pas-cela-au-senegal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/amanitv.media\/?p=804","title":{"rendered":"LE PULAAR NE M\u00c9RITE PAS CELA AU S\u00c9N\u00c9GAL"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">INTRODUCTION<br>La r\u00e9cente contribution cosign\u00e9e par Ngugi wa Thiongo et Boubacar Boris Diop, \u00e0 laquelle r\u00e9pond celle<br>de Boubou Sanghote, auxquelles viennent s\u2019ajouter celles ant\u00e9rieures du m\u00eame Boubacar Boris Diop<br>et de Souleymane Bachir Diagne nous poussent toutes \u00e0 nous pencher sur une question \u00e0 laquelle nos<br>travaux acad\u00e9miques et notre statut d\u2019\u00e9crivain en langue pulaar nous avaient d\u00e9j\u00e0 familiaris\u00e9 depuis<br>fort longtemps. Nous ne voulions pas nous engager dans un d\u00e9bat qui, compte tenu de sa nature,<br>soul\u00e8ve forc\u00e9ment des passions aliment\u00e9es par des partis pris difficiles \u00e0 \u00e9viter du fait de nos<br>appartenances et de nos id\u00e9ologies linguistiques diff\u00e9rentes.<br>Le pulaar est notre langue maternelle et une bonne partie de notre production, toutes cat\u00e9gories<br>confondues, s\u2019est faite dans cette langue. Contrairement \u00e0 Boubacar B. Diop qui s\u2019est promis de<br>privil\u00e9gier le wolof, nous \u00e9crivons, pour le moment, plus dans la langue fran\u00e7aise (notre dernier essai<br>dans cette langue remonte seulement au mois de mai 2023 alors que celui en pulaar \u00e0 2012). Mais, en<br>toute honn\u00eatet\u00e9, nous sommes plus \u00e0 laise en pulaar qu\u2019en fran\u00e7ais et un amour profond nous attache<br>au pulaar. cela est si vrai que nous avons pris le risque de d\u00e9plaire \u00e0 de nombreux Ful\u0253e en affirmant<br>courageusement que leur vrai combat ne doit pas \u00eatre l\u2019affirmation de la \u00ab Pulaagu\u00bb (la mani\u00e8re d\u2019\u00eatre<br>des Peuls et dont ils sont tr\u00e8s fiers)mais celle du pulaar, leur langue commune. En effet, en 2012 quand<br>nous \u00e9crivions cela, nous \u00e9tions convaincu, apr\u00e8s avoir assist\u00e9 au assises de Tabital Pulaagu<br>International \u00e0 Bamako, en 2002, que sans le pulaar, la \u00ab Pulaagu \u00bb ressemblerait \u00e0 un \u00ab tuuba ba alaa<br>duh\u00f3l \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire un pantalon bouffant sans ceinture. C\u2019est reconna\u00eetre que dans un d\u00e9bat<br>linguistique, id\u00e9ologique et politique impliquant cette langue, nous ne pouvons rester neutre.<br>Cependant, en universitaire qui cherche \u00e0 \u00eatre digne de ce titre, tout ce que nous avancerons dans nos<br>positions, reposera sur des faits tangibles, les plus objectifs possibles, et non sur nos v\u0153ux ou<br>penchants.<br>Nous pensions donc t\u00f4t ou tard nous prononcer sur la place faite au pulaar au S\u00e9n\u00e9gal, notre pays.<br>C\u2019est le lieu de rappeler que cette langue est transfrontali\u00e8re et concerne donc plusieurs pays de<br>l\u2019espace compris entre le S\u00e9n\u00e9gal et le Soudan (au moins 24 pays d\u2019apr\u00e8s certaines sources) o\u00f9 elle<br>rancontre diff\u00e9rents probl\u00e8mes. Mais nous nous limiterons seulement aux difficult\u00e9s du pulaar au<br>S\u00e9n\u00e9gal pour nous en tenir aux faits que nous ma\u00eetrisons.<br>La raison directe qui nous a pouss\u00e9 \u00e0 nous jeter \u00e0 l\u2019eau est le constat que nous avons fait \u00e0 l\u2019occasion<br>de l\u2019avant-premi\u00e8re du film \u00ab 1776 : Thierno Souleymane Baal et la R\u00e9volution du Fouta \u00bb au Cin\u00e9ma<br>Path\u00e9 de Dakar, le 3\/9\/2024. En effet, le mot de bienvenue qui d\u00e9butait la projection \u00e9tait ainsi libell\u00e9 :<br>\u00ab DAL LEEN AK JAMM\/BIENVENUE \u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"952\" height=\"444\" src=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-805\" srcset=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani1.jpg 952w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani1-300x140.jpg 300w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani1-768x358.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 952px) 100vw, 952px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Surprise et indignation seraient les termes les plus justes pour d\u00e9crire l\u2019\u00e9tat dans lequel nous nous<br>retrouv\u00e2mes alors \u00e0 cet instant. Comment est-il possible d\u2019\u00aboublier \u00bb le pulaar dans la bienvenue pour<br>un film sur le digne fils du Fuuta que fut Ceerno Sil\u00e9ymaan Baal ? Il m\u2019apparut en un \u00e9clair que cela ne<br>pouvait pas \u00eatre un oubli (une des responsables du film \u00e9tant la petite fille de l\u2019illustre personnage),<br>mais bien quelque chose de volontaire. Nous e\u00fbmes donc brutalement la confirmation d\u2019une<br>conviction que nous avions d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps que notre langue maternelle \u00e9tait, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment et<br>m\u00e9thodiquement, en train d\u2019\u00eatre exclue du champ linguistique du S\u00e9n\u00e9gal: en effet, en la mettant de<br>c\u00f4t\u00e9 pour un \u00e9v\u00e9nement concernant avant tout une r\u00e9gion o\u00f9 elle \u00e9tait parl\u00e9e, il devenait clair que sa<br>marginalisation voire sa disparition \u00e9tait recherch\u00e9e. En pensant aux cons\u00e9quences que ce choix<br>pouvait entra\u00eener pour le pays, \u00e0 court, moyen ou long termes, il devenait d\u00e8s lors pour nous un devoir<br>d\u2019entrer dans le d\u00e9bat en l\u2019enrichissant de nos points de vue. Notre objectif est d\u2019apporter des<br>\u00e9clairages permettant de voir :<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>La place du pulaar, au S\u00e9n\u00e9gal surtout et en Afrique apr\u00e8s ;<\/li>\n\n\n\n<li>Certaines r\u00e9flexions (anciennes et nouvelles) sur l\u2019am\u00e9nagement linguistique en Afrique et au S\u00e9n\u00e9gal<\/li>\n\n\n\n<li>La l\u00e9gitimit\u00e9 ou la pertinence de la voie suivie actuellement en mati\u00e8re d\u2019am\u00e9nagement linguistique;<\/li>\n\n\n\n<li>Et dans le cas contraire, la proposition de solutions qui nous semblent en mesure de r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre et d\u2019\u00e9viter au pays une aventure lourde de menaces.<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne ferons pas un tour d\u2019horizon complet sur la question de l\u2019am\u00e9nagement linguistique. Nous nous contenterons de trois r\u00e9flexions qui nous semblent \u00e9clairer suffisamment la question.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous commen\u00e7ons par Cheikh Anta Diop qui, dans le cadre de la renaissance africaine, a propos\u00e9 l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral comme solution organisationnelle \u00e9tatique. Ce faisant, il a abord\u00e9 la question de l\u2019am\u00e9nagement lingistique au niveau f\u00e9d\u00e9ral et au niveau des \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<ol style=\"list-style-type:upper-roman\" class=\"wp-block-list\">\n<li>LE POIDS DU PULAAR AU S\u00c9N\u00c9GAL ET EN AFRIQUE\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>AU S\u00c9N\u00c9GAL<\/li>\n<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour ce qui est du poids du pulaar au S\u00e9n\u00e9gal, nos analyses s\u2019appuient essentiellement sur les documents officiels que sont les deux recensements de 2013 et de 2023. Nous n\u2019ignorons pas que les effectifs sont vraisemblablement en de\u00e7\u00e0 de ce qu\u2019ils auraient d\u00fb \u00eatre en raison des difficult\u00e9s de recensement en rapport avec les activit\u00e9s dominantes du groupe, l\u2019\u00e9levage et l\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous commen\u00e7ons par la cartographie qui a l\u2019avantage d\u2019\u00eatre plus explicite quand il s\u2019agit de camper la r\u00e9partition spatiale des locuteurs des principales langues du pays. La carte ci-dessous est tr\u00e8s parlante \u00e0 cet \u00e9gard :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"682\" height=\"780\" src=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-806\" srcset=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani2.jpg 682w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani2-262x300.jpg 262w\" sizes=\"auto, (max-width: 682px) 100vw, 682px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/translatorswithoutborders.org\/language-data-for-senegal\"><strong>https:\/\/translatorswithoutborders.org\/language-data-for-senegal<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette carte s\u2019accompagne du commentaire suivant :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a><\/a><strong><em>Donn\u00e9es linguistiques pour le S\u00e9n\u00e9gal<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le recensement de 2013 au S\u00e9n\u00e9gal recense plus de <\/em><a href=\"https:\/\/www.ethnologue.com\/country\/SN\/languages\"><em>30 langues et dialectes parl\u00e9s dans le<\/em><\/a><a href=\"https:\/\/www.ethnologue.com\/country\/SN\/languages\"><em>pays<\/em><\/a><em> . Bien que le fran\u00e7ais soit la langue officielle, il n&#8217;est parl\u00e9 que par environ 37 % de la population, principalement comme deuxi\u00e8me langue. En revanche, 72 % utilisent le wolof pour communiquer avec les locuteurs d&#8217;autres langues s\u00e9n\u00e9galaises. Le recensement indique que le wolof est \u00e9galement la premi\u00e8re langue la plus parl\u00e9e (50 % de la population), suivi du pular (25 %) et du s\u00e9r\u00e8re (11 %). En 2001, six langues ont re\u00e7u le statut de langue nationale : le wolof, le s\u00e9r\u00e8re, le pular, le mandingue, le sonink\u00e9 et le diola-fo\u00f1y.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le wolof est la langue la plus parl\u00e9e dans les zones urbaines et \u00e0 la radio. Le fran\u00e7ais est presque la seule langue parl\u00e9e \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et dans la presse \u00e9crite.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette description reste globalement fid\u00e8le sauf pour le statut du fran\u00e7ais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Le wolof s\u2019est taill\u00e9 depuis la part du lion \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette carte de 2021 reprend des \u00e9l\u00e9ments du recensement de 2013 et montre clairement que le pulaar domine largement dans tous les d\u00e9partements de l\u2019arri\u00e8re-pays, avec un taux de couverture de 52 \u00e0 55% sauf dans les parties ouest et sud-ouest. Elle pourrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme d\u00e9pass\u00e9e parce que s\u2019appuyant sur des donn\u00e9es remontant \u00e0 onze ans. Cependant, les donn\u00e9es du recensement de 2023 confirment la place pr\u00e9pond\u00e9rante du pulaar dans l\u2019arri\u00e8re-pays. En effet, l\u2019exploitation du tableau ANSD. RGPH-5, 2023, de la page 81 du rapport provisoire nous apprend que le bloc wolof\/pulaar\/seereer compte, \u00e0 lui seul, 14 235 077 locuteurs sur un total (langues locales et \u00e9trang\u00e8res confondues) de 15 940 213. Dans ces 14 235 077, le pulaar repr\u00e9sente 4 175 468. Il nous apprend \u00e9galement que les autres langues locales du pays totalisent 1 313 508 locuteurs. Ainsi, le wolof et le seereer \u00e9tant cantonn\u00e9s \u00e0 l\u2019ouest et au centre-ouest du pays, l\u2019omnipr\u00e9sence du pulaar sur le reste du S\u00e9n\u00e9gal est un fait qui demeure encore. Le d\u00e9calage entre le nombre de S\u00e9n\u00e9galais<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(18 126 390) et les 15 548 580 repr\u00e9sentant les locuteurs des langues locales s\u2019explique par la non prise en compte, tout \u00e0 fait logique, des enfants de moins de trois ans pas encore en \u00e2ge d\u2019\u00eatre recens\u00e9s comme locuteurs d\u2019une langue donn\u00e9e (2,4%), des r\u00e9sidents s\u00e9n\u00e9galais absents (7%), des locuteurs de langues \u00e9trang\u00e8res, etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc sur le plan g\u00e9ographique, le pulaar est la langue la plus pr\u00e9sente, globalement parlant tandis que le wolof se cantonne essentiellement dans les villes concentr\u00e9es presque toutes en pays wolof, c\u2019est- \u00e0-dire \u00e0 l\u2019ouest du pays. Autrement dit, dans le cadre d\u2019un am\u00e9nagement linguistique \u00e9quitable, ne tenant compte que des r\u00e9alit\u00e9s objectives du terrain, le pulaar est incontournable dans de nombreuses r\u00e9gions (5 au total) o\u00f9 il est parl\u00e9, rappelons-le, par 52 \u00e0 55% des populations. Ces r\u00e9gions sont : Saint- Louis, Matam, Tambacounda, K\u00e9dougou et Kolda. Quand on pousse plus loin l\u2019analyse des cartes interactives du site de \u00ab Translators Without Borders \u00bb, il appara\u00eet que m\u00eame dans certaines r\u00e9gions o\u00f9 le wolof, le manndi\u014bka, le joolaa sont en t\u00eate, le pulaar vient en deuxi\u00e8me position. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 le cas pour Dakar o\u00f9 le wolof fait 61,6% et le pulaar 12,8%. C\u2019est encore le cas dans la r\u00e9gion de S\u00e9dhiou o\u00f9 il fait 24,1% derri\u00e8re le manndi\u014bka (40,7%). C\u2019est aussi le cas dans la r\u00e9gion de Louga o\u00f9 il se place juste derri\u00e8re le wolof (71%) avec 26,8%. C\u2019est toujours le cas dans la r\u00e9gion de Kaffrine o\u00f9 le wolof arrive en t\u00eate (avec 66,7%), suivi du pulaar qui fait 17,2%. Dans la r\u00e9gion de Kaolack, le pulaar vient en troisi\u00e8me position (15%) apr\u00e8s le wolof (61,2%) et le seereer (17%). C\u2019est le m\u00eame cas dans la r\u00e9gion de Diourbel o\u00f9 le pulaar occupe aussi la troisi\u00e8me place (6,3%) m\u00eame si c\u2019est loin derri\u00e8re le wolof (54,8%) et le seereer (38,9%). M\u00eame en pays seereer, dans la r\u00e9gion de Fatick, le pulaar conserve toujours sa troisi\u00e8me place (3, 6%) derri\u00e8re le seereer (86%) et le wolof (9,3%. Dans la r\u00e9gion de Thi\u00e8s, le pulaar conserve encore sa troisi\u00e8me place (7,7%) derri\u00e8re le wolof (72,8%) et le seereer (16%). C\u2019est seulement dans la r\u00e9gion de Ziguinchor que le pulaar (13,1%) vient en quatri\u00e8me position apr\u00e8s le Joolaa-F\u00f3\u00f3\u00f1y (29%), le wolof (17,1%), le Manndi\u014bka (16,8). Dans les cinq r\u00e9gions qui restent, le pulaar est majoritaire \u00e0 52\/55%.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit plus haut que ces donn\u00e9es sont celles tir\u00e9es du recensement de 2013 et qu\u2019on pourrait penser qu\u2019elles ne sont plus actuelles. Il n\u2019en est pourtant rien. En effet, l\u2019exploitation du tableau ci-dessous (issu du recensement de 2023, p. 47 ou 82 en pagination continue) montre que le poids du pulaar a m\u00eame augment\u00e9 au lieu de reculer comme celui de certaines langues :<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"623\" src=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani3-1024x623.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-807\" srcset=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani3-1024x623.jpg 1024w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani3-300x183.jpg 300w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani3-768x468.jpg 768w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani3.jpg 1099w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur les dix ans \u00e9coul\u00e9s entre les deux recensements, le pulaar passe ainsi de 24,6% \u00e0 26,2% soit une progression de 1,6% alors que le seereer r\u00e9gresse de 11,1% \u00e0 9,6% (1,5% de perte) ; le joolaa, de 3,6% \u00e0 2,9% (0,7 de perte) ; et que le Manndi\u014bka reste stable (passant de 2,7% \u00e0 2,8%). Le wolof a fait le bond le plus fort en passant de 50% \u00e0 53,5%, sans doute du fait de son dynamisme propre mais aussi du fait de l\u2019absorption du seereer compl\u00e8tement enclav\u00e9 dans sa zone g\u00e9ographique. Cette absorption se ferait, d\u2019apr\u00e8s des sources bien inform\u00e9es, essentiellement dans le Bawol, avec l\u2019islamisation et la mouridisation de certains Seereer.<\/p>\n\n\n\n<ol style=\"list-style-type:lower-alpha\" class=\"wp-block-list\">\n<li>EN AFRIQUE<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019\u00e9chelle du continent, le pulaar est la seule des grandes langues \u00e0 aller de l\u2019Atlantique \u00e0 la mer Rouge, soit une distance, \u00e0 vol d\u2019oiseau, de 6 478 km. Il s\u2019\u00e9tend ainsi sur toute la bande saharo- \u00e9quatoriale sans rupture spatiale jusqu\u2019au Tchad et de mani\u00e8re discontinue jusqu\u2019au Soudan ; se pr\u00e9sentant ainsi comme la langue la plus r\u00e9pandue et la plus partag\u00e9e, avec une vingtaine de pays o\u00f9 elle est pr\u00e9sente. Il est ainsi sans doute la seconde langue apr\u00e8s l\u2019arabe en termes de r\u00e9partition spatiale. Il va pratiquement du 5\u00e8me au 18\u00e8me parall\u00e8le de latitude, de l\u2019Atlantique \u00e0 la mer Rouge (zones poularophones des r\u00e9gions du Nil Bleu, d\u2019Adret, de Kassala, au Soudan Oriental), soit une superficie d\u2019environ 9 000 000 de kilom\u00e8tres carr\u00e9s (voir carte ci-dessous).Il est g\u00e9n\u00e9ralement class\u00e9 comme la 4\u00e8me langue de l\u2019Afrique en termes de locuteurs derri\u00e8re le swahili, l\u2019haoussa et le yoruba. Viennent ensuite l\u2019oromo, l\u2019igbo, l\u2019amharique, le lingala, le zulu et, enfin, le shona.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"657\" height=\"555\" src=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-808\" srcset=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani4.jpg 657w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani4-300x253.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 657px) 100vw, 657px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme on peut le constater ici, le wolof est absent du \u00ab top 10 \u00bb des langues les plus parl\u00e9es en Afrique. Au S\u00e9n\u00e9gal m\u00eame, son statut de langue la plus parl\u00e9e ne se v\u00e9rifie que dans les grandes villes que le syst\u00e8me colonial a cr\u00e9\u00e9es sur les c\u00f4tes et dans le bassin arachidier situ\u00e9s \u00e0 l\u2019ouest. Donc son h\u00e9g\u00e9monie est loin d\u2019\u00eatre absolue, surtout par rapport au pulaar qui tient les campagnes du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le yoruba (20,6%, soit 39,6 millions, l\u2019haoussa (18,3% soit 35,2 millions, et l\u2019igbo (14,8, soit 28,5 millions ne d\u00e9bordent que tr\u00e8s peu les fronti\u00e8res du Nig\u00e9ria. Autrement dit, ces trois grandes langues africaines se concentrent dans un espace g\u00e9ographique r\u00e9duit \u00e0 l\u2019inverse du pulaar (7,9%, soit 15,3 millions) qui, bien que pr\u00e9sent dans le m\u00eame espace, se retrouve \u00e0 l\u2019ouest et \u00e0 l\u2019est de cette zone commune (voir carte ci-dessous).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"969\" height=\"848\" src=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani5.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-809\" srcset=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani5.jpg 969w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani5-300x263.jpg 300w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani5-768x672.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 969px) 100vw, 969px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019oromo et l\u2019amharique sont dans la m\u00eame situation que le yoruba, l\u2019haoussa et l\u2019igbo. Ces deux grandes langues par le nombre de locuteurs se r\u00e9duisent \u00e0 l\u2019espace \u00e9thiopien (voir carte ci-dessous)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"912\" src=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani6-1024x912.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-810\" srcset=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani6-1024x912.jpg 1024w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani6-300x267.jpg 300w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani6-768x684.jpg 768w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani6-1536x1368.jpg 1536w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani6.jpg 1666w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Terminons par la langue la plus parl\u00e9e en Afrique, le swahili. La carte ci-apr\u00e8s (le jaune) montre que cette langue occupe elle aussi un espace g\u00e9ographique relativement r\u00e9duit : Tanzanie, Kenya,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ouganda, Rwanda, Burundi, l\u2019est de la RDC, le nord du Mozambique, Zanzibar ; <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"963\" src=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani7-1024x963.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-811\" srcset=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani7-1024x963.jpg 1024w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani7-300x282.jpg 300w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani7-768x722.jpg 768w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani7.jpg 1094w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">ce qui constitue un bloc compacte. cependant, son aire d\u00e9borde sur le Soudan du Sud, la Somalie, le Malawi, les Comores et le Y\u00e9men. On estime le nombre des locuteurs du swahili \u00e0 environ 150 000 000 l\u00e0 o\u00f9 ceux du pulaar sont \u00e9valu\u00e9s \u00e0 50 000 000. Mais, d\u2019apr\u00e8s notre ami Amadou Sadio Dia, un g\u00e9ographe qui a parcouru tous les pays peuls d\u2019Afrique, ce chiffre est en de\u00e7\u00e0 de ce qu\u2019il aurait d\u00fb \u00eatre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u2019il faut tenir compte du fait que les \u00ab Ful \u00bb ne sont pas reconnus dans les statistiques officielles des \u00c9tats comme le Sud-Soudan (prolongement m\u00e9ridional du Kordofan), le Kenya (p\u00e9riph\u00e9rie occidentale du lac Turkana), l\u2019\u00c9thiopie (vall\u00e9e de Gambella), la RCA ( les dits<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Mbororo \u00bb sont pr\u00e9sum\u00e9s \u00ab nomades sans lieux fixes \u00bb). Parfois, ce sont des r\u00e9gimes racistes et dictatoriaux qui \u00ab trafiquent \u00bb ou biaisent les statistiques (Mauritanie, Soudan- Khartoum). Au Nigeria du nord et du nord-est, il y a un probl\u00e8me de d\u00e9finition pr\u00e9cise et concise du concept \u00ab Fulani \u00bb pour bien des groupes et se posent des questions statistiques que le Nigeria officiel ne r\u00e9sout pas. Enfin, quid des Ful qui se baladent librement et tournent le dos aux autorit\u00e9s pour se faire recenser alors qu\u2019ils existent bel et bien dans la r\u00e9alit\u00e9 (sans bulletin de naissance, encore moins de carte d\u2019identit\u00e9 ? [Communication personnelle du 12\/10\/2024].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En conclusion, l\u2019atout incontestable du pulaar en Afrique, c\u2019est son extension g\u00e9ographique. Avec un appui politique de tous les \u00c9tats o\u00f9 il est parl\u00e9, il aurait pu \u00eatre un concurrent plus que s\u00e9rieux pour le swahili dans le choix d\u2019une langue de travail pour l\u2019Union Africaine : certaines sources diplomatiques affirment m\u00eame que la proposition de Kadhafi dans ce sens fut vivement combattue par les pr\u00e9sidents du S\u00e9n\u00e9gal et de la Mauritanie. On peut deviner ais\u00e9ment les raisons d\u2019une telle attitude pour chacun de ces deux pays.<\/p>\n\n\n\n<ol style=\"list-style-type:upper-roman\" class=\"wp-block-list\">\n<li>UNE TH\u00c9ORIE D\u00c9FAVORABLE\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>CHEIKH ANTA DIOP<\/li>\n<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cheikh Anta a pr\u00e9conis\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019usage des langues locales dans le cadre de la renaissance africaine. C\u2019est en effet dans un texte intitul\u00e9 \u00ab Quand pourra-t-on parler d\u2019une renaissance africaine ? \u00bb qu\u2019il \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toutes ces raisons \u2013 et bien d\u2019autres \u2013 nous incitent \u00e0 poser comme condition pr\u00e9alable d\u2019une vraie renaissance africaine le d\u00e9veloppement des langues indig\u00e8nes. On apprend mieux dans sa langue maternelle parce qu\u2019il y a un accord incontestable entre le g\u00e9nie d\u2019une langue et la mentalit\u00e9 du peuple qui la parle. D\u2019autre part, il est \u00e9vident qu\u2019on \u00e9vite des ann\u00e9es de retard dans l\u2019acquisition de l\u2019enseignement [texte publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1948 et repris dans <em>Alerte sous les tropiques<\/em>, Pr\u00e9sence Africaine, 1990, p. 35].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cheikh Anta estime ce retard \u00e0 6 ans (m\u00eame page). Pr\u00e9cisant sa pens\u00e9e dans <em>Nations n\u00e8gres et culture <\/em>(synth\u00e8se de ce qui devait \u00eatre sa th\u00e8se de Doctorat \u00e8s Lettres publi\u00e9e en 1954), pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la page 416 du tome II, il estime que l\u2019unit\u00e9 linguistique doit d\u2019abord \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 travers le choix d\u2019une langue unique dans un territoire. Pour le S\u00e9n\u00e9gal qu\u2019il prend pour exemple, cela doit \u00eatre fait malgr\u00e9 la vivacit\u00e9 \u00ab <em>des particularismes (s\u00e9r\u00e8re, diola, ou toucouleur), qui ont parfois la force d\u2019un v\u00e9ritable micro-nationalisme <\/em>\u00bb reposant sur l\u2019ignorance de la parent\u00e9 entre les langues de ces groupes. Lequel, pense-t-il, peut \u00eatre \u00e9vit\u00e9 par une d\u00e9monstration de cette parent\u00e9 (<em>Les fondements \u00e9conomiques et culturels d\u2019un \u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral d\u2019Afrique Noire<\/em>, Pr\u00e9sence Africaine 1960, p. 20) Mais, reconnaissant aussi que cette unit\u00e9 ne tombe pas du ciel, il d\u00e9gage une m\u00e9thodologie s\u2019appuyant sur l\u2019histoire de la France qui a utilis\u00e9 la violence coercitive pour imposer le fran\u00e7ais :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Cette derni\u00e8re, loin d\u2019\u00eatre un fait naturel propre \u00e0 certains pays privil\u00e9gi\u00e9s et faisant d\u00e9faut \u00e0 d\u2019autres, appara\u00eet comme le r\u00e9sultat d\u2019un effort officiel conscient \u00e0 travers le temps. Le fran\u00e7ais n\u2019a pu s\u2019imposer aux diff\u00e9rentes provinces que par un \u00e9touffement des langues locales : Il importe de souligner ici qu\u2019il ne s\u2019agissait pas de dialectes du fran\u00e7ais mais de v\u00e9ritables langues diff\u00e9rentes de la langue fran\u00e7aise ; un Basque ou un Breton, etc. qui n\u2019a pas appris le fran\u00e7ais est incapable de saisir la moindre id\u00e9e exprim\u00e9e en cette langue et inversement <\/strong>(soulign\u00e9 par nous) [\u2026] La multiplicit\u00e9 des langues est donc un probl\u00e8me qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu ailleurs, du moins pratiquement, et que nous pouvons r\u00e9soudre \u00e0 notre tour [<em>Nations n\u00e8gres et culture<\/em>, pp. 416-417].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cheikh Anta \u00e9lude la question subs\u00e9quente qui vient imm\u00e9diatement \u00e0 l\u2019esprit de tout d\u00e9cideur : le S\u00e9n\u00e9gal de 1960 pouvait-il se permettre d\u2019exercer la violence qu\u2019un tel choix supposait ? C\u2019est donc tout logiquement qu\u2019il arrive \u00e0 la conclusion que<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans un pays comme le S\u00e9n\u00e9gal, en toute objectivit\u00e9, le choix du walaf s\u2019impose comme langue nationale, comme langue de gouvernement : toutes les minorit\u00e9s sont pratiquement bilingues et parlent le walaf [<em>Les fondements\u2026<\/em>, pp. 20-21].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais Diop sent la contestation pr\u00e9visible quant \u00e0 l\u2019objectivit\u00e9 et \u00e0 la pertinence de son choix ; il y r\u00e9pond et enfonce le clou :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On voit ainsi que, suivant le contexte local, des langues de culture, comme le toucouleur- peulh, entrent dans la cat\u00e9gorie de groupes minoritaires, tandis qu\u2019il en est autrement d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de r\u00e9gions telles que le Fouta-Djallon ou le Nord-Cameroun [\u2026] <strong>Un gouvernement s\u00e9n\u00e9galais appropri\u00e9 pratiquera un jour syst\u00e9matiquement une politique culturelle visant \u00e0 favoriser le d\u00e9veloppement de la langue dans les meilleurs d\u00e9lais [\u2026] Le walaf devra devenir le plus rapidement possible la langue de gouvernement utilis\u00e9e dans tous les actes publics et politiques : interventions au parlement, r\u00e9daction de la constitution, du code, etc.<\/strong>[ c\u2019est nous qui soulignons ; m\u00eame source, pp. 21-22].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la langue f\u00e9d\u00e9rale, il pense que \u00ab <em>le choix d\u2019une telle langue devra incomber \u00e0 une commission internationale comp\u00e9tente, inspir\u00e9e par un tr\u00e8s profond sentiment patriotique, \u00e0 l\u2019exclusion de tout chauvinisme d\u00e9guis\u00e9 <\/em>\u00bb [Les fondements\u2026, p. 23]. Comme dans le cadre de l\u2019Union Sovi\u00e9tique, celle-ci<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab <em>couvrira toutes les langues territoriales de la m\u00eame fa\u00e7on que le russe se superpose \u00e0 la langue de chaque r\u00e9publique sovi\u00e9tique. <\/em>\u00bb <em>(<\/em>m\u00eame source et m\u00eame page).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son analyse, Cheikh Anta aborde aussi un point crucial pour l\u2019am\u00e9nagement linguistique en Afrique ind\u00e9pendante. Il remarque que les principales langues qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es au d\u00e9triment d\u2019autres ont en fait \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9es par une \u00e9conomie coloniale extravertie (<em>Nations n\u00e8gres<\/em>\u2026, II, p. 416). Cheikh Anta pense qu\u2019une telle situation pourrait \u00e9voluer et s\u2019inverser m\u00eame si certains facteurs en cause restaient encore ind\u00e9termin\u00e9s au moment o\u00f9 il \u00e9crivait :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026Le jour o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie africaine sera entre les mains des Africains eux-m\u00eames et qu\u2019elle ne sera plus adapt\u00e9e \u00e0 des n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019exploitation mais \u00e0 leurs besoins, la concentration d\u00e9mographique s\u2019en trouvera modifi\u00e9e : les langues de certaines r\u00e9gions perdront de leur importance alors que celles d\u2019autres r\u00e9gions (Guin\u00e9e fran\u00e7aise, par exemple) en acquerront [p. 416].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette prospective, m\u00eame si l\u2019\u00e9conomie du continent n\u2019a pas totalement rompu avec son extraversion 70 ans apr\u00e8s, conna\u00eet un d\u00e9but de v\u00e9rification avec, un peu partout, des politiques publiques plus soucieuses des besoins des populations et des \u00e9quilibres r\u00e9gionaux. Les flux de populations vers des zones, jusqu\u2019alors privil\u00e9gi\u00e9es, ont totalement cess\u00e9 ou en voie de se tarir : c\u2019est le cas du bassin arachidier de l\u2019ouest du S\u00e9n\u00e9gal sous les effets combin\u00e9s de l\u2019\u00e9puisement des sols, de la s\u00e9cheresse et du d\u00e9veloppement de la riziculture dans la moyenne vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. D\u00e9sormais les destinations recherch\u00e9es des partants sont la C\u00f4te-d\u2019Ivoire, l\u2019Afrique Centrale ( les deux Congo et la R\u00e9publique Centrafricaine), Orientale (Zambie), Australe (Afrique du Sud) ou m\u00eame l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique du Nord. Ce processus se fait, \u00e0 n\u2019en pas douter, au d\u00e9triment de la langue wolof qui, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ne b\u00e9n\u00e9ficie plus de l\u2019exode rural si fort durant les ann\u00e9es 1970 dans les centres urbains, presque tous situ\u00e9s en pays wolof, du fait des s\u00e9cheresses r\u00e9p\u00e9titives. C\u2019est cela qui inqui\u00e8te les<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab supr\u00e9macistes \u00bb wolofs et les pousse \u00e0 faire du forcing pour imposer le wolof <em>hic et nunc <\/em>(tout de suite) avant qu\u2019il ne soit trop tard. Par supr\u00e9macistes, nous entendons tous ceux qui s\u2019activent pour que les Wolofs soient au-dessus de tous et le wolof au-dessus de toutes les autres langues, \u00e0 tout prix, et refusent de voir que le S\u00e9n\u00e9gal est fondamentalement un pays multi-ethnique, o\u00f9 chaque groupe doit \u00eatre mis \u00e0 l\u2019abri du m\u00e9pris culturel et s\u2019\u00e9panouir dans la paix. Il en existe malheureusement dans notre pays.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>PATH\u00c9 DIAGNE<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Path\u00e9 Diagne aussi s\u2019est essay\u00e9 \u00e0 l\u2019am\u00e9nagement linguistique en Afrique dans un texte publi\u00e9 dans la revue <em>Pr\u00e9sence Africaine <\/em>: \u00ab Linguistique et culture en Afrique \u00bb, <em>Pr\u00e9sence Africaine<\/em>, Nouvelle s\u00e9rie, n\u00b0 46, 2\u00e8me trimestre, 1963, pp. 52-63. Appr\u00e9ciant la situation linguistique en Afrique de l\u2019Ouest, il distingue deux grands types de langues :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019une part les langues urbaines v\u00e9hiculaires en expansion constante : Malinke-Dioula, Wolof, Hawsa, Susu et Fon. D\u2019autre part les parlers de groupes \u00ab ethnico-linguistiques \u00bb repli\u00e9s sur eux-m\u00eames dans des zones quelque peu en marge des courants de l\u2019\u00e9conomie moderne. Il en est de toutes sortes. Certains parlers importants : Poular, Sourhai, Tamaslek, More Djenma\u2026d\u2019autres constituent des dialectes d\u2019un ou de deux villages. Les langues \u00ab urbaines v\u00e9hiculaires en expansion \u00bb d\u00e9finissent des aires linguistiques \u00e0 vocation nationale. Et c\u2019est sur elles que devraient [sic] reposer l\u2019insertion progressive de la culture africaine dans l\u2019enseignement scolaire et universitaire [p. 61].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, pour Path\u00e9 Diagne, les langues du second groupe sont condamn\u00e9es \u00e0 tomber dans la confidentialit\u00e9, voire \u00e0 dispara\u00eetre \u00e0 l\u2019exception du pulaar et du More, par exemple. Les raisons qui conduisent Path\u00e9 Diagne \u00e0 \u00ab rep\u00eacher \u00bb le pulaar et \u00e0 l\u2019int\u00e9grer dans le premier groupe sont d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il convient de leur adjoindre dans le second groupe ceux des parlers <strong>dont l\u2019importance num\u00e9rique est exceptionnelle. C\u2019est le cas du Poular <\/strong>[soulign\u00e9 par nous]. Le choix du Poular oblige apparemment \u00e0 rompre une tendance qui se dessinait sans se pr\u00e9occuper de cette langue. <strong>L\u2019assimilation des AL Poular telle qu\u2019elle s\u2019est faite au S\u00e9n\u00e9gal et telle qu\u2019elle s\u2019op\u00e8re par le bilinguisme au Macina et en Basse Guin\u00e9e pr\u00e9figurait son \u00e9limination au m\u00eame titre que le S\u00e9r\u00e8re ou le Sourhai devant les langues urbaines. Mais l\u2019existence d\u2019un autre facteur p\u00e8se : la mise en valeur des vastes r\u00e9gions habit\u00e9es par les groupes Pular <\/strong>[sic]<strong>, More\u2026est susceptible d\u2019introduire un renversement de tendance, du moins de faire appara\u00eetre de nouvelles aires linguistiques homog\u00e8nes et fortes <\/strong>[p. 61, soulign\u00e9 par nous].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e, Path\u00e9 Diagne retient qu\u2019il faut concevoir la politique linguistique de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest autour de \u00ab quatre aires : Mand\u00e9, Hausa, wolof, Poular \u00bb (p. 61). Revenant sur l\u2019aire wolof, Path\u00e9 Diagne estime qu\u2019au S\u00e9n\u00e9gal de l\u2019\u00e9poque, \u00ab <strong>l\u2019unit\u00e9 linguistique estpratiquementr\u00e9alis\u00e9e. <\/strong>\u00bb (soulign\u00e9 par nous). Malgr\u00e9 cette unit\u00e9 linguistique presque termin\u00e9e, Path\u00e9 Diagne se croit oblig\u00e9 \u00ab d\u2019insister sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un large travail d\u2019explication sans lequel on ne ferait que susciter de violents remous \u00bb(p. 63).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces passages de Path\u00e9 Diagne m\u00e9ritent quelques commentaires :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Bien que fervent partisan de la wolofisation totale du S\u00e9n\u00e9gal, Il n\u2019a pu ignorer l\u2019importance du pulaar par le nombre de ses locuteurs et la r\u00e9silience qui pourrait \u00eatre la sienne avec un d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e9quilibr\u00e9. Comme on le verra plus loin, c\u2019est sa seule pr\u00e9vision que les faits ont confirm\u00e9e.<\/li>\n\n\n\n<li>Comme le montrent clairement les tendances \u00e9conomiques actuelles, les \u00e9l\u00e9ments qui faisaient la force du wolof, n\u2019op\u00e8rent plus aussi efficacement qu\u2019avant ; d\u2019o\u00f9 le pi\u00e9tinement actuel de son expansion.\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>FARY NDAO<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 2016 Fary Ndao, un ing\u00e9nieur g\u00e9ologue militant des langues africaines, publiait une contribution digne d\u2019int\u00e9r\u00eat en mati\u00e8re d\u2019am\u00e9nagement linguistique : <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/...\/2016\/11\/02\/au-nom-du-savoir-et-de-la-democratie-enseignons-dans-les-langues\">https:\/\/www.lemonde.fr\/&#8230;\/2016\/11\/02\/au-<\/a> <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/...\/2016\/11\/02\/au-nom-du-savoir-et-de-la-democratie-enseignons-dans-les-langues\">nom-du-savoir-et-de-la-democratie-enseignons-dans-les-langues<\/a> africaines_5024135_3212.html[24\/02\/2020 14:25:38]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il commence tout d\u2019abord par nous rappeler ce qu\u2019il faut entendre par langue maternelle. Pour ce faire, Fary Ndao cite la d\u00e9finition de l\u2019Unesco, l\u2019organisme en charge de l\u2019\u00e9ducation et de la culture : \u00ab <em>la ou les langue(s) de l\u2019environnement imm\u00e9diat et des interactions quotidiennes qui construisent l\u2019enfant durant les quatre premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie <\/em>\u00bb. Il attire ensuite notre attention sur le fait que<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab <em>beaucoup d\u2019enfants africains, notamment en Afrique de l\u2019Ouest, ont une langue maternelle africaine de port\u00e9e nationale (wolof au S\u00e9n\u00e9gal, bambara au Mali, fon au B\u00e9nin) et une seconde langue maternelle d\u2019extension r\u00e9gionale parl\u00e9e dans leur village, leur ville ou leur province. <\/em>\u00bb Une telle situation lui permet de nous faire sa proposition d\u2019am\u00e9nagement linguistique :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En Afrique, il ne s\u2019agira pas de remplacer le fran\u00e7ais ou l\u2019anglais par une seule autre langue, f\u00fbt-elle africaine. Il appara\u00eet plus judicieux de se diriger vers un enseignement multilingue bas\u00e9 sur la langue maternelle comme le recommande l\u2019Unesco et ses nombreuses \u00e9tudes de cas pratiques depuis 1953. Cet enseignement pourrait se d\u00e9cliner comme suit : une langue<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">africaine d\u2019extension r\u00e9gionale pour la primo-alphab\u00e9tisation, rapidement compl\u00e9t\u00e9e par l\u2019enseignement dans la langue africaine de port\u00e9e nationale avant l\u2019enseignement des langues internationales. <strong>Le triptyque \u00ab un territoire, une langue officielle, une nation \u00bb est davantage un fantasme qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9 tangible dans les pays africains <\/strong>[soulign\u00e9 par nous]<strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il recommande que \u00ab la primo-alphab\u00e9tisation \u00bb se fasse dans la langue maternelle de l\u2019enfant pour qu\u2019il puisse b\u00e9n\u00e9ficier de tous les avantages de l\u2019op\u00e9ration ;en pulaar dans une zone comme le Fuuta mais que<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans d\u2019autres r\u00e9gions ayant des identit\u00e9s linguistiques fortes, des concertations sur le choix de la langue de primo-alphab\u00e9tisation pourraient \u00eatre men\u00e9es par les autorit\u00e9s administratives avec les parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves, les enseignants appuy\u00e9s par des sp\u00e9cialistes en sciences cognitives.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En clair, si l\u2019enfant est dans une zone o\u00f9 sa langue maternelle est fortement minoritaire, il faudra une concertation entre les acteurs concern\u00e9s pour trouver une solution. L\u2019enfant devra-t-il s\u2019exiler ou prendre par d\u00e9faut la langue dominante ? Pour toute r\u00e9ponse, Fary Ndao nous renvoie \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience burkinab\u00e9 des ann\u00e9es 2000. En tout \u00e9tat de cause, les r\u00e9alit\u00e9s du S\u00e9n\u00e9gal ne sont pas superposables \u00e0 tout point de vue \u00e0 celles du Burkina.<\/p>\n\n\n\n<ol style=\"list-style-type:upper-roman\" class=\"wp-block-list\">\n<li>UNE PRATIQUE HOSTILE AU PULAAR\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li>CELLE DE DIOP<\/li>\n<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rentr\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal, Diop se lan\u00e7a dans la lutte politique afin de pouvoir appliquer ses id\u00e9es sur la renaissance (utilisation des langues et f\u00e9d\u00e9ralisme). Il fonda \u00e0 cet effet trois partis (B.M.S., en 1960 ; F.N.S., en 1963 et R.N.D., en 1976). Malheureusement, le succ\u00e8s ne fut pas au rendez-vous. Cependant, poursuivant ses id\u00e9es, il d\u00e9livra la plupart de ses d\u00e9clarations politiques, faites dans le cadre de meetings et de manifestations, en wolof. Il tenta aussi, selon certaines sources ayant milit\u00e9 au sein du R.N.D., d\u2019imposer le wolof comme langue de travail dans les r\u00e9unions du parti \u00e0 Dakar, m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 les locuteurs d\u2019autres langues \u00e9taient majoritaires. Les deux organes de son dernier mouvement politique port\u00e8rent des noms wolofs (<em>Siggi<\/em>, puis <em>Taxaw<\/em>) et comport\u00e8rent une page \u00ab wolofal \u00bb (wolof transcrit en caract\u00e8res arabes pour ceux qui n\u2019ont pas acc\u00e8s au fran\u00e7ais).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est fort probable que les tentatives d\u2019introduction du wolof \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale par Babacar Niang (finalement r\u00e9ussies) ont m\u00fbri au R.N.D. En effet, c\u2019est lui, en tant que suppl\u00e9ant de Cheikh Anta, qui accepta d\u2019occuper le seul si\u00e8ge obtenu par ce parti aux l\u00e9gislatives de 1983 et que le titulaire avait refus\u00e9 d\u2019occuper pour des raisons de manque de transparence dans le vote. C\u2019est le lieu de rappeler qu\u2019il finit par cr\u00e9er le P.L.P. en ao\u00fbt 1983, rompant ainsi avec le R.N.D. (avec lequel son parti fusionna par la suite, en 1997) mais conserva son id\u00e9ologie. On se souvient encore de sa passe d\u2019armes avec le ministre de l\u2019\u00e9conomie et des finances, Mamoudou Tour\u00e9, qu\u2019il avait interpel\u00e9 en wolof et qui lui r\u00e9pondit en pulaar sous l\u2019\u0153il amus\u00e9 de Daouda Sow, pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces premi\u00e8res difficult\u00e9s \u00e0 imposer le wolof ont d\u00fb faire prendre conscience \u00e0 Cheikh Anta Diop que les choses n\u2019\u00e9taient pas aussi simples qu\u2019il le croyait dans ses th\u00e9ories estudiantines. Il avait certainement vu que le prix \u00e0 payer pour \u00e9touffer une langue comme le pulaar serait \u00e9norme sans que le r\u00e9sultat soit pour autant garanti compte tenu de son emprise g\u00e9ographique, aussi bien au S\u00e9n\u00e9gal (la plus parl\u00e9e sur plus de 2\/3 du pays, soit 142 432\/196 722 kilom\u00e8tres carr\u00e9s) qu\u2019en Afrique (9 000 000 de kilom\u00e8tres carr\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan th\u00e9orique, la solution de Cheikh Anta Diop qui s\u2019inspire des mod\u00e8les fran\u00e7ais et sovi\u00e9tique est inadapt\u00e9e \u00e0 l\u2019environnement actuel. En effet, on n\u2019est plus au temps ou une ordonnance suffisait pour tuer ou marginaliser des langues. Voyons donc de plus pr\u00e8s la fameuse ordonnance de Fran\u00e7ois 1er (dite de Villers-Cotter\u00eats ) prise en 1639 dont l\u2019article 111 se pr\u00e9sentait comme suit :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2013 Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l&#8217;intelligence des mots latins contenus esdits arrests, nous voulons d&#8217;oresnavant que tous arrests, ensemble toutes autres proc\u00e9dures, soient de nos cours souveraines et autres subalternes et inf\u00e9rieures, soient de registres, enquestes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques, actes et exploicts de justice, ou qui en d\u00e9pendent, soient prononc\u00e9s, enregistr\u00e9s et d\u00e9livr\u00e9s aux parties en langage maternel fran\u00e7ois et non autrement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et le monarque de droit divin substituait ainsi le fran\u00e7ais au latin, utilis\u00e9 jusqu\u2019alors. Ce coup de pouce royal allait lui permettre de s\u2019imposer, \u00e0 partir de ce moment, comme seule langue de l\u2019\u00c9tat et de l\u2019administration dans le royaume de France, marginalisant ainsi toutes les autres langues parl\u00e9es jusqu\u2019alors. La formule \u00ab car tel est nostre plaisir \u00bb qui termine l\u2019ordonnance de Fran\u00e7ois 1er montre que le roi \u00e9tait le seul \u00e0 d\u00e9cider et n\u2019avait de compte \u00e0 rendre \u00e0 personne. Aujourd\u2019hui, nous sommes dans une d\u00e9mocratie r\u00e9gie de surcro\u00eet par une constitution qui ne donne la primaut\u00e9 \u00e0 aucune des langues d\u00e9j\u00e0 codifi\u00e9es (article 1er, alin\u00e9a 2 de la constitution de 2001) et pr\u00e9conise l\u2019unit\u00e9 mais dans<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab <em>le respect des sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles de toutes les composantes de la nation. <\/em>\u00bb (pr\u00e9ambule). Quant au mod\u00e8le sovi\u00e9tique, n\u2019oublions pas que le russe a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 par la Russie imp\u00e9riale, d\u2019abord, puis par l\u2019\u00c9tat central sovi\u00e9tique, aux populations de l\u2019Union et qu\u2019avec la chute du mur de Berlin, en 1990, les autres langues ont repris leur droit au d\u00e9triment du russe dans les \u00c9tats baltes et ailleurs. La pr\u00e9sente guerre en Ukraine est partie des tentatives d\u2019\u00e9touffement de cette langue russe, jadis dominante, au profit de l\u2019ukrainien qu\u2019on tente d\u2019imposer aux minorit\u00e9s russophones du pays. La le\u00e7on \u00e0 tirer de tout cela, c\u2019est que la contrainte et la violence ne sont pas une garantie absolue pour p\u00e9renniser la supr\u00e9matie d\u2019une langue ; au contraire, elles suscitent une haine s\u00e9culaire de la part des opprim\u00e9s. S\u2019il y a des gens que d\u00e9testent les Ukrainiens, ce sont bien les Russes, contraints aujourd\u2019hui de s\u2019attaquer militairement \u00e0 l\u2019Ukraine pour des raisons avant tout linguistiques, car il s\u2019agit officiellement de sauver les minorit\u00e9s russophones maltrait\u00e9es depuis d\u00e9j\u00e0 de longues ann\u00e9es et oblig\u00e9es de se rebeller pour exister culturellement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si Cheikh Anta \u00e9tait encore vivant, il n\u2019aurait pas manqu\u00e9, en homme avis\u00e9, de r\u00e9\u00e9valuer ses propositions en mati\u00e8re d\u2019am\u00e9nagement linguistique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la future langue de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral africain, il opta pour le swahili (voir <em>Ant\u00e9riorit\u00e9 des civilisations n\u00e8gres<\/em>, Pr\u00e9sence Africaine, 1967, pp. 112-114) sans attendre la commission qu\u2019il pr\u00e9conisait dans son livre sur l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral voir <em>supra<\/em>). Ici, on peut dire qu\u2019il avait vu juste car cette option a finalement \u00e9t\u00e9 choisie par l\u2019Union Africaine.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>CELLE DE DIAGNE<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant \u00e0 Path\u00e9 Diagne, il a, une fois rentr\u00e9 au S\u00e9n\u00e9gal, essay\u00e9, comme Cheikh Anta Diop de travailler la langue wolof pour la vulgariser et l\u2019\u00e9lever au rang d\u2019une langue comparable aux grandes langues europ\u00e9ennes. Rappelons qu\u2019il a enseign\u00e9 au d\u00e9partement de linguistique de la facult\u00e9 des Lettres et Sciences Humaines de l\u2019universit\u00e9 de Dakar et a poursuivi ses recherches \u00e0 l\u2019IFAN. Citons parmi ses efforts la traduction du Coran et le lancement de <em>Kaddu <\/em>(un journal) dans cette langue. Ce que nous retenons de Path\u00e9, c\u2019est que sa passion pour la promotion du wolof au S\u00e9n\u00e9gal fut telle qu\u2019elle l\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 faire des affirmations et pr\u00e9visions d\u00e9menties par les faits : \u00e0 savoir que l\u2019assimilation des Haal-pulaar-en \u00e9tait achev\u00e9e en 1963 et que le pulaar serait vou\u00e9 \u00e0 la disparition n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un facteur<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">qui pourrait le sauver. Or les chiffres fournis par les deux derniers recensements exploit\u00e9s prouvent qu\u2019il n\u2019en est rien, m\u00eame en cette ann\u00e9e 2024, c\u2019est-\u00e0-dire 61 ans apr\u00e8s sa pr\u00e9vision ! Ajoutons aussi que le seereer n\u2019a pas disparu comme il le pr\u00e9voyait (encore 9,6% de locuteurs) et qu\u2019en 2013 (recensement), seuls 72% de S\u00e9n\u00e9galais parlaient wolof.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>CELLE DU COLONISATEUR ET DES PR\u00c9SIDENTS<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les explorateurs europ\u00e9ens, les premiers, les administrateurs coloniaux, ensuite, divis\u00e8rent les Africains en \u00ab races \u00bb et \u00ab ethnies \u00bb. Les Ful\u0253e, par exemple, furent s\u00e9par\u00e9s des autres Noirs et class\u00e9s comme Hamites, des Blancs \u00e0 l\u2019origine mais qui ont perdu leur puret\u00e9 raciale. Au S\u00e9n\u00e9gal, sous la houlette de Faidherbe et de ses successeurs, cette approche eut pour r\u00e9sultat la s\u00e9paration, dans les recensements des populations, des Ful\u0253e des Toucouleurs avec qui ils partagent la langue pulaar. Cela appara\u00eet dans un tableau de 1925 o\u00f9 on peut lire :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Peuls : 202 452 [\u2026] Toucouleurs : 160 161 \u00bb ( voir, Jo\u00ebl Glasman, \u00ab Le S\u00e9n\u00e9gal imagin\u00e9. \u00c9volution d\u2019une classification ethnique de 1816 aux ann\u00e9es 1920 \u00bb, in <a href=\"https:\/\/www.geschichte-afrikas.uni-bayreuth.de\/de\/team\/02-Joel-Glasmann\/Publikationen_Bilder-und-Dokumente\/Text_Afrique-et-histoire.pdf\">https:\/\/www.geschichte-<\/a> <a href=\"https:\/\/www.geschichte-afrikas.uni-bayreuth.de\/de\/team\/02-Joel-Glasmann\/Publikationen_Bilder-und-Dokumente\/Text_Afrique-et-histoire.pdf\">afrikas.uni-bayreuth.de\/de\/team\/02-Joel-Glasmann\/Publikationen_Bilder-und-<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.geschichte-afrikas.uni-bayreuth.de\/de\/team\/02-Joel-Glasmann\/Publikationen_Bilder-und-Dokumente\/Text_Afrique-et-histoire.pdf\">Dokumente\/Text_Afrique-et-histoire.pdf<\/a>, p. 31.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette mani\u00e8re de faire a persist\u00e9 apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance ou s\u2019est m\u00eame aggrav\u00e9e car dans les recensements officiels, le groupe poularophone, bien que partageant la m\u00eame langue et la m\u00eame culture, est \u00e9clat\u00e9 entre Peuls, Toucouleurs et Laob\u00e9s. C\u2019est au recensement de 2023 seulement qu\u2019une forte protestation des int\u00e9ress\u00e9s a conduit l\u2019ANSD \u00e0 proc\u00e9der au regroupement de ces entit\u00e9s. Le \u00ab diviser pour r\u00e9gner \u00bb est pass\u00e9 par l\u00e0. La cons\u00e9quence de cette division faisait appara\u00eetre Ful\u0253e et Haal-pulaar-en comme des minorit\u00e9s comparativement aux Seereer (surtout) et aux Wolof. En effet, Joolaa et Seereer avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s dans leur homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de groupes bien que parlant des dialectes sans intercompr\u00e9hension \u00e0 l\u2019inverse du pulaar dont les locuteurs, diss\u00e9min\u00e9s \u00e0 travers le continent, se comprenaient sans trop de difficult\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le Pr\u00e9sident Senghor qui prit les premi\u00e8res mesures significatives en faveur des langues nationales en signant en 1972 les premiers d\u00e9crets pour leur codification. Ainsi, six d\u2019entre elles furent codifi\u00e9es : manndi\u014bka, pulaar, seereer, soni\u014bke, joolaa et wolof. Pour Senghor, toutes ces langues reconnues \u00e9taient d\u2019\u00e9gale dignit\u00e9 et lui-m\u00eame s\u2019adressait \u00e0 la nation en fran\u00e7ais. Cependant, d\u2019apr\u00e8s certaines sources, il ne serait pas \u00e9tranger \u00e0 l\u2019aggravation de l\u2019\u00e9clatement du groupe poularophone dont le poids inqui\u00e9tait. Abdou Diouf continua cette tradition d\u2019utilisation de la langue officielle du pays pour ses adresses solennelles, suivies de traductions en wolof apr\u00e8s intervention du pr\u00e9sident au journal parl\u00e9 ou t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Avec lui, le wolof connut un grand essor du fait de la lib\u00e9ralisation des ondes \u00e0 partir de 1994. Entre 1981 et 1984 les \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux de l\u2019\u00c9ducation et de la Formation n\u2019avaient pu trouver un consensus pour faire du wolof la langue d\u2019union nationale et du pulaar celle de nos relations avec le reste de l\u2019Afrique. D\u2019apr\u00e8s Boubou Sanghote, il aurait refus\u00e9 de r\u00e9pondre favorablement \u00e0 une premi\u00e8re demande d\u2019\u00e9lever le wolof au rang de seconde langue officielle en 1992, ce apr\u00e8s avoir re\u00e7u une d\u00e9l\u00e9gation de notables poularophones oppos\u00e9s au projet pour troubles que son adoption risquait de d\u00e9clencher.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Abdoulaye Wade, un partisan de la promotion du wolof se retrouvait au plus haut lieu de d\u00e9cision du pays en 2000. Rapidement, il voulut mettre toute l\u2019administration au wolof pour en faire une langue de gouvernement comme l\u2019avait th\u00e9oris\u00e9 Cheikh Anta Diop dont il partageait les id\u00e9es et le militantisme dans ce domaine. Mais, comme sous Abdou Diouf, la lev\u00e9e de boucliers fut telle qu\u2019il d\u00fbt renoncer \u00e0 la prise d\u2019une d\u00e9cision frontale qui, \u00e0 coup s\u00fbr, mettrait le feu aux poudres. Ici, on comprend pourquoi Senghor l\u2019avait surnomm\u00e9 \u00ab Njommboor \u00bb : en effet, il adopta la strat\u00e9gie du \u00ab faire sans le<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">dire \u00bb. Ainsi, il se mit \u00e0 multiplier des adresses au pays en wolof, \u00e0 accorder des entretiens dans cette langue, \u00e0 donner \u00e0 certaines soci\u00e9t\u00e9s et programmes \u00e9tatiques des noms en wolof. Sans exag\u00e9ration, on peut affirmer que sous Wade, l\u2019\u00c9tat s\u2019est wolofis\u00e9 sans faire de vagues. Autrement dit, Wade a atteint ses objectifs sans tambour ni trompette.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, c\u2019est v\u00e9ritablement avec Macky Sall que les langues nationales autres que le wolof ont fini d\u2019\u00eatre marginalis\u00e9es. Macky a syst\u00e9matiquement fait suivre son adresse en fran\u00e7ais d\u2019une seconde en wolof, faisant de facto de cette langue la seconde langue officielle du S\u00e9n\u00e9gal. Prenons l\u2019exemple du pulaar : d\u2019apr\u00e8s Boubou Sanghote, Macky a d\u00e9j\u00e0 bien tendu la gorge de cette langue pour faciliter la t\u00e2che \u00e0 celui qui viendra l\u2019\u00e9gorger ! Cela n\u2019est pas excessif au vu des faits qui vont suivre :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sous l\u2019euphorie de l\u2019av\u00e8nement d\u2019un poularophone \u00e0 la t\u00eate du pays et pensant que cela allait faire plaisir \u00e0 celui-ci, des journalistes profit\u00e8rent du d\u00e9fil\u00e9 du 4 avril pour \u00e9largir le cercle du fran\u00e7ais et du wolof au pulaar. Deux de leurs confr\u00e8res rapport\u00e8rent le fait au pr\u00e9sident Macky Sall et le convainquirent que cela n\u2019\u00e9tait pas bon pour son image de nouveau pr\u00e9sident car il risquait d\u2019\u00eatre vu comme quelqu\u2019un de \u00ab sectaire \u00bb. D\u2019apr\u00e8s Sanghote, des instructions furent donn\u00e9es par qui de droit pour que cela ne se reproduise pas. Les \u00e9missions t\u00e9l\u00e9 \u00ab Fooyre \u00bb, \u00ab Deental \u00bb exist\u00e8rent avant l\u2019av\u00e8nement de Macky mais rest\u00e8rent sans lendemain. C\u2019est sous le magist\u00e8re de Macky que des \u00e9missions telles que \u00ab Hiirde \u00bb, \u00ab Dingiral Ful\u0253e \u00bb, \u00ab Yeelaa \u00bb, \u00ab Yiitere Golle \u00bb, \u00ab Yeewtere Islam \u00bb naquirent mais devinrent rapidement irr\u00e9guli\u00e8res et finirent par passer \u00e0 la trappe. Rares parmi elles \u00e9taient hebdomadaires. C\u2019est le lieu de pr\u00e9ciser que certaines d\u2019entre elles trouv\u00e8rent refuge \u00e0 la 2STV (qui compte actuellement 6 \u00e9missions en pulaar) ou \u00e0 la TFM. Au moment o\u00f9 Ch\u00e9rif Sy qui animait la seule \u00e9mission religieuse en pulaar \u00e9migrait vers la TFM, le wolof se taillait 7 \u00e0 8 magazines consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019islam. Pourtant vu le r\u00f4le des poularophones dans l\u2019islamisation de l\u2019Afrique et particuli\u00e8rement celle du S\u00e9n\u00e9gal ainsi que leur nombre, la RTS n\u2019aurait jamais d\u00fb commettre un tel d\u00e9ni de justice. Si nous r\u00e9capitulons, au moment o\u00f9 nous \u00e9crivons ces lignes, la RTS compte une seule \u00e9mission de 26 minutes en pulaar (Yiitere Golle) contre 6 \u00e9missions \u00e0 la 2STV, une t\u00e9l\u00e9vision priv\u00e9e, appartenant certes \u00e0 un ressortissant du Fuuta (El Hadji Ndiaye). Ainsi, si Macky peut se targuer d\u2019avoir d\u00e9senclav\u00e9 et \u00e9lectrifi\u00e9 la partie waalo du Fuuta, avec toutes les cons\u00e9quences b\u00e9n\u00e9fiques que cela induit, force est de reconna\u00eetre qu\u2019il fut v\u00e9ritablement un bourreau des autres langues du S\u00e9n\u00e9gal. Son statut de<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab m\u00e9tis \u00bb pulaar-seereer-wolof l\u2019a conduit sans doute \u00e0 croire que le wolof pouvait \u00eatre le d\u00e9nominateur commun des S\u00e9n\u00e9galais, mais si l\u2019ing\u00e9nieur des mines avait pr\u00eat\u00e9 une bonne attention \u00e0 la g\u00e9ographie du pays plut\u00f4t que de se focaliser sur le nombre impressionnant des locuteurs du wolof des grandes villes, toutes situ\u00e9es dans le tiers ouest du pays, il aurait sans doute vu qu\u2019imposer le wolof \u00e0 tous relevait d\u2019un tour de force quasi insurmontable dans l\u2019environnement de ce premier quart du XXI\u00e8me si\u00e8cle, o\u00f9 la r\u00e9volution de l\u2019information et de la communication a fini de rendre vaine toute tentative de contrainte linguistique comme nous l\u2019avons vu un peu plus haut.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>CELLE DE LA RTS ET D\u2019AUTRES SOCI\u00c9T\u00c9S ET LEURS CONS\u00c9QUENCES<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Disons d\u00e8s maintenant que la pratique des pr\u00e9sidents d\u00e9crite ci-dessus rejaillit n\u00e9cessairement sur celle de la RTS qui est une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9tat. On aura donc un d\u00e9s\u00e9quilibre dans la grille des programmes de plus en plus favorable au wolof et qui finit par aboutir au constat que :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au S\u00e9n\u00e9gal, on note une \u00ab uniformisation au plan linguistique due \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie de la langue wolof \u00bb (FES, 2013). Le diffuseur public int\u00e8gre dans sa programmation les huit langues nationales reconnues. Cependant, la langue pulaar semble \u00eatre favoris\u00e9e, elle dispose de programmes sp\u00e9cifiques sur les TV <em>mainstream <\/em>tandis que des groupes ethniques restent compl\u00e8tement marginalis\u00e9s (voir : Charles Moumouni et Sokhna Fatou Seck Sarr, \u00ab La<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">t\u00e9l\u00e9vision en ligne : enjeux de r\u00e9gulation et pratiques de diversit\u00e9 culturelle en Afrique subsaharienne \u00bb, in <em>Les enjeux de l\u2019information et de la communication<\/em>, n\u00b0 22\/2, 2021\/22, pp. 181-195 <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-les-enjeux-de-l-information-et-de-la-communication-2021-22-page-181?lang=fr\">[https:\/\/shs.cairn.info\/revue-les-enjeux-de-l-information-et-de-la-communication-<\/a> <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-les-enjeux-de-l-information-et-de-la-communication-2021-22-page-181?lang=fr\">2021-22-page-181?lang=fr<\/a>, citation, p. 188].<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que remarquent ces observateurs s\u2019explique par l\u2019ostracisme que subissent les langues autres que le wolof \u00e0 la RTS. Comme les poularophones sont plus nombreux et ont plus de moyens, ils ont tout simplement trouv\u00e9 leur salut dans les TV mainstream. Notons que c\u2019est l\u00e0 une riposte \u00e0 laquelle la RTS ne s\u2019attendait sans doute pas : la r\u00e9volution communicationnelle est all\u00e9e trop vite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour analyser le cas sp\u00e9cifique du pulaar, les attaques contre la langue commenc\u00e8rent d\u2019abord par la technique du \u00ab cheval de Troie \u00bb qui a bien fonctionn\u00e9 en Mauritanie sur le plan politique. Mais le dernier ministre haal-pulaar nomm\u00e9 pour avaliser la \u00ab hassanisation\u00bb totale a fini par \u00eatre d\u00e9mis faute de vouloir ob\u00e9ir jusqu\u2019au bout. Elle a failli fonctionner avec un grand intellectuel haal-pulaar dont une contribution fit date. Apr\u00e8s le toll\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019elle suscita au sein de la communaut\u00e9 poularophone, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a fini par prendre conscience de la complexit\u00e9 de la question et est, depuis, revenu sur sa proposition et pense aujourd\u2019hui que le multilinguisme est plus adapt\u00e9 au contexte du S\u00e9n\u00e9gal :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors, si nous refusons qu\u2019une quelconque partie de nous soit exclue du monde, pourrions- nous alors accepter que cette partie ou ces parties soient interdites d\u2019existence sur nos propres terres ? Assur\u00e9ment, non. D\u00e8s lors, il faut exister ensemble et organiser cette coexistence dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous.<a href=\"https:\/\/www.impact.sn\/Concertation-s-nationale-s-et-langues-nationales-par-Samba-Dioulde-Thiam_a13801.html\">[https:\/\/www.impact.sn\/Concertation-s-nationale-s-et-<\/a> <a href=\"https:\/\/www.impact.sn\/Concertation-s-nationale-s-et-langues-nationales-par-Samba-Dioulde-Thiam_a13801.html\">langues-nationales-par-Samba-Dioulde-Thiam_a13801.html<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le forcing fait pour le wolof a, depuis, pris de l\u2019ampleur. Ainsi, de la technique du \u00ab cheval de Troie \u00bb, on est pass\u00e9 \u00e0 celle du \u00ab camouflage linguistique \u00bb : Une certaine journaliste dont les pr\u00e9nom et nom sont loin de sonner wolof est l\u2019animatrice de \u00ab Lantinoor \u00bb, une \u00e9mission faite en wolof. Cela para\u00eet curieux. Pourtant cela ne l\u2019est pas tant car cette personne est n\u00e9e \u00e0 Rufisque et dans son portrait consultable sur la toile, on voit qu\u2019elle est tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise en wolof et peut-\u00eatre m\u00eame plus \u00e0 l\u2019aise en wolof qu\u2019en fran\u00e7ais. Cela explique peut-\u00eatre pourquoi un autre magazine d\u2019actualit\u00e9 qu\u2019elle animait d\u00e9j\u00e0 avant, se fait en wolof. Pourtant le nom du magazine, \u00ab Kassabor \u00bb, est en joolaa et signifie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab entraide \u00bb ou \u00ab confession publique \u00bb selon certaines sources.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux autres magazines sur la RTS1 s\u2019intitulent \u00ab Champ contre Champ \u00bb et \u00ab Pluriel \u00bb alors qu\u2019ils passent en wolof. Pour \u00ab Pluriel \u00bb, nous avons, comme pour \u00ab Kassabor \u00bb, un animateur dont les nom et pr\u00e9nom ne sonnent pas du tout wolof mais plut\u00f4t seereer. Ces faits curieux semblent indiquer une technique de camouflage qui permet d\u2019\u00e9viter la confirmation du constat qu\u2019au S\u00e9n\u00e9gal, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, il y a \u00ab une uniformisation au plan linguistique due \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du wolof \u00bb (voir Charles Moumouni et Sokhna Fatou Seck Sarr, \u00ab La t\u00e9l\u00e9vision en ligne : enjeux de r\u00e9gulation et pratiques de diversit\u00e9 culturelle en Afrique subsaharienne \u00bb, in <em>Les enjeux de l\u2019information et de la communication<\/em>, n\u00b0 22\/2, 2021\/22, pp. 181-195 qui citent, FES, 2013).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on analyse cette pratique qui a cours \u00e0 la RTS, on voit clairement que c\u2019est l\u2019assimilation qui est recherch\u00e9e : ce sont des personnes wolofis\u00e9es (c\u2019est leur droit le plus absolu) qui animent des magazines dont le nom est emprunt\u00e9 \u00e0 une autre langue du pays ou au fran\u00e7ais mais qui se font en wolof. Un tel choix n\u2019est pas innocent car il contribue \u00e0 r\u00e9duire la langue utilis\u00e9e pour le nom du magazine au rang d\u2019appendice du wolof qui devient ainsi le d\u00e9nominateur commun au S\u00e9n\u00e9gal. Tous ceux qui ne sont pas pr\u00eats \u00e0 accepter cela, sont qualifi\u00e9s de sectaires. Dans l\u2019entendement de certains, est sectaire toute personne qui refuse de se laisser assimiler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le sectarisme : parlons-en. Parler sa langue, ce n\u2019est pas faire du sectarisme ; c\u2019est tout simplement \u00eatre soi-m\u00eame. Qui est le plus sectaire entre celui qui ne parle que sa langue et veut que les autres<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">parlent obligatoirement sa langue et celui qui, en plus de sa langue, parle une autre langue ? Les enclaves sonink\u00e9s et wolofs du Fuuta sont bilingues, les commer\u00e7ants wolofs du Fuuta ne sont pas oblig\u00e9s de parler pulaar ; s\u2019ils le font, ils le font en toute libert\u00e9 et pour le bien de leurs affaires. Alors pourquoi ne pas reconna\u00eetre la m\u00eame libert\u00e9 aux poularophones en pays wolofs ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le \u00ab ne\u0257\u0257o ko banndum \u00bb (on ne peut avoir mieux que son parent) : parlons-en. Wade a fait pire que Macky dans ce domaine : il a fait du \u00ab ne\u0257\u0257o ko \u0253iyum \u00bb (on ne peut avoir mieux que son enfant) et cela poursuit encore le PDS (sans Karim, le parti ne doit rien faire). On s\u2019est beaucoup tromp\u00e9 sur la v\u00e9ritable appartenance des Ba, Diallo, Soh et autres Bary promus par Macky: pour certaines personnes, ignorantes ou mal intentionn\u00e9es, ils ne pouvaient \u00eatre que des Ful\u0253e ou des Haal-pulaar- en mais nombreux parmi eux \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 des gens qui avaient fini de se wolofiser depuis longtemps, ne parlaient un tra\u00eetre mot de pulaar et se reconnaissaient plus dans la peau de Wolofs que dans une autre. Il y a belle lurette que le nom ne fait plus l\u2019ethnie dans nos grandes villes et m\u00eame dans certaines de nos campagnes. Au nom de quoi Abdoulaye Wade peut-il faire de son fils ministre d\u2019\u00c9tat, ministre de la coop\u00e9ration internationale, de l\u2019am\u00e9nagement du territoire, des transports a\u00e9riens, des infrastructures (soit quatre minist\u00e8res, et des plus juteux, entre les mains d\u2019une seule personne qui, de surcro\u00eet, a la possibilit\u00e9 de rendre directement compte au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique) ; de sa fille Sindi\u00e9ly sa conseill\u00e8re sp\u00e9ciale en mati\u00e8re de culture ; donner la pr\u00e9sidence du groupe parlementaire lib\u00e9ral \u00e0 Doudou Wade, son neveu ; tenter de nous imposer comme vice- pr\u00e9sident le m\u00eame fils et vouloir encore aujourd\u2019hui le rendre incontournable dans la vie politique du pays sans que certains ne trouvent rien \u00e0 y redire ? Parce qu\u2019il est wolof. ? Macky ne devrait-il pas avoir le droit de nommer son fr\u00e8re ministre comme l\u2019avait fait Abdou Diouf sans remarques sarcastiques ? Non, parce qu\u2019il n\u2019est pas wolof ? Certains supr\u00e9macistes doivent se faire \u00e0 l\u2019id\u00e9e que ce pays n\u2019est pas un bien des seuls Wolofs et que nous avons tous les m\u00eames droits et devoirs. Chacun doit donc pouvoir y parler sa langue sans tentative de restriction ou de diabolisation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout observateur objectif conviendra avec nous que cette grande langue ne m\u00e9rite pas le traitement qu\u2019elle a subi jusqu\u2019ici. En effet, une langue qui est la plus parl\u00e9e sur plus de 2\/3 du territoire s\u00e9n\u00e9galais<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">; est majoritaire dans 5 r\u00e9gions sur 14 ; 2\u00e8me dans 4 r\u00e9gions sur 14 ; 3\u00e8me dans 4 r\u00e9gions sur 14 et 4\u00e8me<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">dans une seule r\u00e9gion sur 14 ; va de l\u2019Atlantique \u00e0 la mer Rouge ; est pr\u00e9sente dans plus d\u2019une vingtaine de pays en Afrique ; compte une importante diaspora (en Europe, en Am\u00e9rique du Nord, dans les pays du Golfe, en Afrique Centrale et Australe, etc.) ; cette langue, disons-nous, ne m\u00e9rite pas des tentatives d\u2019\u00e9touffement que tout le monde constate \u00e0 travers des faits concordants :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi ces faits, citons avant tout la violation sournoise de la Constitution du S\u00e9n\u00e9gal qui ne dit nulle part qu\u2019une seule langue doit \u00eatre utilis\u00e9e dans les services. L\u2019utilisation exclusive du wolof dans les serveurs des banques, des compagnies de t\u00e9l\u00e9phonie, d\u2019Air S\u00e9n\u00e9gal, du TER, du BRT, etc. est contraire \u00e0 l\u2019esprit et \u00e0 la lettre de la constitution. Il est \u00e9vident que cette pratique ill\u00e9gale ne peut m\u00eame pas pr\u00e9tendre reposer sur des n\u00e9cessit\u00e9s commerciales. Si nous prenons Air S\u00e9n\u00e9gal, cela cr\u00e8ve les yeux que dans ses diff\u00e9rentes dessertes africaines, les locuteurs du pulaar sont plus nombreux que ceux du wolof. Si cette compagnie devait strictement s\u2019entenir aux bonnes pratiques commerciales, elle aurait d\u00fb utiliser le pulaar avant m\u00eame le wolof, pourtant elle ne l\u2019a pas fait. Mais ce qui est scandaleux, c\u2019est le fait qu\u2019elle s\u2019ent\u00eate dans son attitude injustifiable malgr\u00e9 les protestations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de ses usagers utilisant le pulaar. Dakar \u00e9tant une m\u00e9tropole ouest-africaine, avec l\u2019omnipr\u00e9sence du pulaar dans cette partie du continent, les lignes du TER et du BRT sont in\u00e9vitablement utilis\u00e9es par des Africains poularophones qui ne parlent pas un tra\u00eetre mot de wolof et qui n\u2019auraient eu aucun embarras avec l\u2019utilisation du pulaar. Ces remarques peuvent \u00eatre \u00e9tendues \u00e0 tous les services destin\u00e9s au grand public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout le monde comprend que ce qui est recherch\u00e9 ici, c\u2019est d\u2019imposer le wolof \u00e0 tous en faisant fi de nos lois et du bon sens. On oublie seulement que nous ne sommes plus au XVI\u00e8me si\u00e8cle o\u00f9 il suffisait d\u2019une simple ordonnance pour condamner une langue \u00e0 la disparition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette langue doit donc \u00eatre respect\u00e9e et valoris\u00e9e \u00e0 la hauteur de son poids ind\u00e9niable. Ainsi, les correctifs qui vont suivre nous semblent indispensables pour \u00e9viter au S\u00e9n\u00e9gal une erreur aux cons\u00e9quences forc\u00e9ment pr\u00e9judiciables \u00e0 sa stabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<ol style=\"list-style-type:upper-roman\" class=\"wp-block-list\">\n<li>QUE FAIRE ?<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut donc nous ressaisir et prendre un certain nombre de mesures correctives propres \u00e0 nous faire retrouver un am\u00e9nagement linguistique plus conforme aux poids respectifs de nos langues et gage de paix et de stabilit\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<ol style=\"list-style-type:lower-alpha\" class=\"wp-block-list\">\n<li>EN MATI\u00c8RE D\u2019AM\u00c9NAGEMENT LINGUISTIQUE<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re chose \u00e0 faire est de revoir l\u2019approche de Cheikh Anta Diop et de Path\u00e9 Diagne. En effet leur mod\u00e8le est loin de tenir compte des r\u00e9alit\u00e9s actuelles sur le terrain. Le S\u00e9n\u00e9gal ayant reconnu les principales langues du pays depuis 1972, il est difficile aujourd\u2019hui de revenir \u00e0 une seule langue qu\u2019on imposerait \u00e0 tous, avec le prix politique que cela suppose parce que cela passera n\u00e9cessairement par la violence : on n\u2019a jamais vu une communaut\u00e9 linguistique consciente n\u00e9gocier l\u2019\u00e9touffement de sa langue. Il s\u2019y ajoute que le r\u00e9sultat escompt\u00e9, la disparition des langues vis\u00e9es, est quasi impossible \u00e0 atteindre du fait d\u2019un environnement global peu favorable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus largement, au vu des r\u00e9sultats du recensement et dans la recherche d\u2019une coexistence harmonieuse entre les diff\u00e9rents grands groupes linguistiques du pays, le gouvernement du S\u00e9n\u00e9gal devrait adopter, au minimum, comme langues de travail le wolof, le pulaar et le seereer. Pierre Baligue Diouf propose 6 langues mais pas comme langues de travail mais comme langues \u00e0 enseigner au secondaire. Il s\u2019agit du wolof, du pulaar, du seereer, du manndi\u014bka, du joolaa et du soni\u014bke (voir<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Innovations p\u00e9dagogiques pour l\u2019int\u00e9gration des langues nationales africaines dans l\u2019\u00e9ducation : quel \u00e9tat des lieux au S\u00e9n\u00e9gal \u00bb in <a href=\"https:\/\/hal.science\/hal-03640374\/document\">https:\/\/hal.science\/hal-03640374\/document<\/a>, p. 159.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cela nous rapprocherait du mod\u00e8le suisse que n\u2019appr\u00e9cie pas beaucoup Cheikh Anta Diop mais qui est plus conforme \u00e0 nos r\u00e9alit\u00e9s et \u00e0 la pr\u00e9servation de la paix dans notre pays. Ici, nous partageons la critique de Souleymane Bachir Diagne \u00e0 Cheikh Anta Diop : \u00ab <em>\u2026il veut une langue unique. Cela n\u2019a pas de sens d\u2019avoir une langue d\u2019unification : pourquoi le projet devrait-il \u00eatre un projet qui imite l\u2019Etat- Nation, c\u2019est-\u00e0-dire \u00eatre homog\u00e8ne avec une seule langue, de mani\u00e8re centralis\u00e9e? \u00bb<\/em>. En effet, force est de constater que nous sommes dans un \u00c9tat multi-ethnique et dans un contexte politique totalement diff\u00e9rent. Sans m\u00eame aller jusqu\u2019en Suisse, le S\u00e9n\u00e9gal peut s\u2019inspirer de l\u2019exemple \u00e9thiopien : voil\u00e0 un pays o\u00f9 100 langues sont parl\u00e9es (nous n\u2019en avons pas autant au S\u00e9n\u00e9gal) mais qui a choisi de se doter de 5 langues de travail pour le gouvernement : l\u2019amharique (29% de la population, l\u2019oromo (34%), le tigrigna (6%), le somali (6%) et l\u2019afar (?). Le cas de l\u2019Afrique du Sud est aussi tr\u00e8s int\u00e9ressant. Le 1er alin\u00e9a de l\u2019article 6 de la constitution de ce pays dispose :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1) Les langues officielles de la R\u00e9publique sont le sepedi, le sotho, le tswana, le swati, le venda, le tsonga, l\u2019afrikaans, l\u2019anglais, le nd\u00e9b\u00e9l\u00e9, le xhosa et le zoulou.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le statut du pulaar, le S\u00e9n\u00e9gal pourrait s\u2019inspirer de l\u2019exemple rwandais. Voil\u00e0 un pays o\u00f9 les trois principaux groupes ethniques (Hutus, 81, 7% ; Tutsis, 9, 5%, Twas, 1, 8%) qui font 93,3% de la<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">population parlent tous la m\u00eame langue, le kinyarwanda. Le Rwanda s\u2019est dot\u00e9 de 4 langues officielles : le kinyarwanda, le fran\u00e7ais, l\u2019anglais et le swahili. Les 3 premi\u00e8res langues s\u2019expliquent par l\u2019histoire du pays (unit\u00e9 linguistique, colonisation belge et \u00e9lite tutsie anglophone du fait de son exil en Ouganda). Le choix du swahili est int\u00e9ressant \u00e0 analyser. Le swahili a \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9 en langue officielle en 2017 en respect \u00e0 la promesse faite par le Pr\u00e9sident Kagam\u00e9 lors de l\u2019adh\u00e9sion du Rwanda \u00e0 la Communaut\u00e9 des \u00c9tats de l\u2019Afrique de l\u2019Est, en 2006. C\u2019est le lieu de rappeler que le swahili est une langue tr\u00e8s parl\u00e9e en Afrique de l\u2019Est alors que le nombre des \u00ab Swahiliens \u00bb rwandais est estim\u00e9 \u00e0 6500 individus. Autrement dit, le Rwanda a surtout tenu compte du rayonnement r\u00e9gional du swahili pour l\u2019\u00e9lever au rang de langue officielle. Le statut du swahili en Afrique de l\u2019Est est comparable \u00e0 celui du pulaar en Afrique de l\u2019Ouest. \u00c0 cela, il faut ajouter le fait qu\u2019au S\u00e9n\u00e9gal, le pulaar est la 2\u00e8me langue du pays apr\u00e8s le wolof. Toutes ces deux raisons militent en faveur de l\u2019\u00e9l\u00e9vation du pulaar au rang de langue officielle \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du fran\u00e7ais et du wolof \u00e0 l\u2019instar du swahili au Rwanda.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est pas par coquetterie que tous ces pays multi-ethniques comme le S\u00e9n\u00e9gal ont choisi le multilinguisme : c\u2019est pour assurer l\u2019\u00e9panouissement de toutes leurs composantes ethniques et pr\u00e9server ainsi une coexistence harmonieuse entre elles. Nous le verrons plus bas : l\u2019unit\u00e9 linguistique a montr\u00e9 ses limites depuis le g\u00e9nocide rwandais. Le S\u00e9n\u00e9gal n\u2019y gagnera rien donc et sa recherche a de fortes chances d\u2019ouvrir la bo\u00eete de Pandore et de nous valoir des lendemains tragiques compte tenu de la configuration g\u00e9ographique de nos principales langues (voir carte ci-dessus).<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>EN MATI\u00c8RE D\u2019\u00c9DUCATION<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne sommes pas un sp\u00e9cialiste des sciences de l\u2019\u00e9ducation, mais le simple bon sens nous fait croire qu\u2019une bonne introduction de nos langues nationales \u00e0 l\u2019\u00e9cole exige les conditions qui vont suivre :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Eviter toute pr\u00e9cipitation pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019atteinte des objectifs : de nombreux \u00e9checs dans ce domaine en Afrique s\u2019expliquent par une absence de pr\u00e9paration suffisante avant le lancement des programmes ;<\/li>\n\n\n\n<li>Un principe directeur qui permette \u00e0 chaque petit S\u00e9n\u00e9galais d\u2019\u00eatre scolaris\u00e9 dans sa langue maternelle. Pour ce faire, il faut que le maillage du territoire soit optimal de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter des choix impos\u00e9s. Si ce qui est recherch\u00e9 ce sont bien les gains que l\u2019enfant est suppos\u00e9 faire en apprenant dans sa langue, il est \u00e9vident qu\u2019un tel objectif ne saurait \u00eatre atteint avec une autre langue impos\u00e9e du fait de l\u2019absence de la langue idoine ;<\/li>\n\n\n\n<li>Des enseignants bien form\u00e9s dans les diff\u00e9rentes langues et en nombre suffisant ;<\/li>\n\n\n\n<li>Des outils p\u00e9dagogiques de qualit\u00e9 aussi bien pour les \u00e9l\u00e8ves que pour les enseignants.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>DONNER AU PULAAR SA PART L\u00c9GITIME POUR \u00c9VITER LA D\u00c9CHIRURE<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour en revenir au pulaar, il doit \u00eatre pr\u00e9sent dans le TER, le BRT et Air S\u00e9n\u00e9gal, dans la t\u00e9l\u00e9phonie (il n\u2019y a pas que les wolofophones qui utilisent ces services ; il faut penser aux nombreux poularophones africains qui vivent au S\u00e9n\u00e9gal ou visitent le pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les noms des programmes \u00e9tatiques, il convient de donner au pulaar la place qui doit \u00eatre la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le domaine des media, il est urgent donc de r\u00e9\u00e9quilibrer les grilles des programmes en donnant au pulaar un temps correspondant \u00e0 son poids d\u00e9mographique au S\u00e9n\u00e9gal (26%) et en Afrique (4\u00e8me<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">langue du continent). Autrement dit, revenir au strict respect du poids de chaque langue s\u00e9n\u00e9galaise en lui accordant un temps en conformit\u00e9 avec son poids.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certaines grandes \u00e9missions radio ou t\u00e9l\u00e9 doivent pouvoir avoir leur version pulaar du fait de leur int\u00e9r\u00eat particulier ; ce ne sont pas les sp\u00e9cialistes qui manquent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une \u00e9mission genre \u00ab Terroir \u00bb de la t\u00e9l\u00e9vision du Mali doit na\u00eetre : le pr\u00e9sentateur introduit et met l\u2019\u00e9l\u00e9ment tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 pris sur le terrain. Cela permet \u00e0 ceux qui sont dans le pays profond de para\u00eetre et d\u2019\u00eatre connus des autres parties du pays. Pour cela, Il faut se donner les moyens et la volont\u00e9 de couvrir toutes les manifestations d\u2019envergure sans discrimination de groupes ou de langues et accepter que la t\u00e9l\u00e9vision nationale appartienne \u00e0 tous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Compte tenu du poids du pulaar en Afrique, et pour le rayonnement politique et culturel bien compris du S\u00e9n\u00e9gal, une r\u00e9daction enti\u00e8rement d\u00e9volue \u00e0 cette langue doit \u00eatre mise en place et une fr\u00e9quence d\u00e9gag\u00e9e pour la diffusion de programmes s\u2019adressant au pays et au monde, \u00e0 commencer par l\u2019Afrique. En effet, il y a fort \u00e0 parier que si ces programmes sont bien pens\u00e9s, l\u2019audience ne fera pas d\u00e9faut et s\u2019\u00e9tendra de l\u2019Atlantique \u00e0 la mer Rouge. Le S\u00e9n\u00e9gal y gagnera sans aucun doute non seulement sur le plan culturel mais aussi \u00e9conomique. Dire cela n\u2019a rien d\u2019une trouvaille car c\u2019est ce que font d\u00e9j\u00e0 les grandes radios telles que R.F.I., V.O.A (Voice of America) ainsi que la t\u00e9l\u00e9vision Canal+ qui a mis dans son bouquet RTI (Radio-t\u00e9l\u00e9vision Ful\u0253e Internationale) ainsi que Pulaagu qui ne diffuse que de la fiction en langue pulaar depuis le 29\/4\/2024.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La marginalisation du pulaar ou, plus grave, sa mort recherch\u00e9e, n\u2019atteindra pas son objectif du fait d\u2019un environnement peu favorable : r\u00e9volution de l\u2019audio-visuel qui permet un pluralisme m\u00e9diatique. Si vous n\u2019\u00eates pas satisfait d\u2019une t\u00e9l\u00e9 ou d\u2019une radio, vous pouvez ouvrir la v\u00f4tre et la positionner sur satellite, sur le net, la mettant ainsi \u00e0 la disposition de tous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une langue dispara\u00eet difficilement d\u2019apr\u00e8s le constat m\u00eame de Cheikh Anta Diop qui cite l\u2019exemple irlandais auquel on pourrait ajouter celui de la Finlande (avec le peuple Suomi qui reconstitua sa langue pratiquement \u00e0 partir de rien ; voir <em>Kalevala e Fulbhey\u00e1 <\/em>d\u2019Elias L\u00f6nnrot et d\u2019Alfady\u00f3 Mokaheere, 1983)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En clair, ceux qu\u2019on cherche \u00e0 \u00e9touffer linguistiquement ne se laissent pas faire et trouvent d\u2019autres moyens d\u2019exister. Ainsi, ils se cr\u00e9ent un autre univers linguistique et culturel qui leur donne ce qu\u2019on leur refuse dans les m\u00e9dias d\u2019\u00c9tat :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui d\u00e9j\u00e0, de nombreux poularophones du S\u00e9n\u00e9gal et de la Mauritanie ( pour nous en tenir \u00e0 une information v\u00e9rifi\u00e9e) se rabattent sur les radios de proximit\u00e9 ou radios communautaires pour suivre les informations, passer leurs communiqu\u00e9s, participer \u00e0 des \u00e9missions interactives, \u00e9couter leur musique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e, etc. Ces radios deviennent de plus en plus nombreuses et d\u00e9tournent progressivement l\u2019auditoire poularophone des cha\u00eenes de la RTS mais \u00e9galement de certaines cha\u00eenes priv\u00e9es qui ont connu un r\u00e9el engouement avec la lib\u00e9ralisation des ondes marqu\u00e9e par la naissance de Sud FM le 1er juillet 1994. En effet, ne se reconnaissant pas dans les programmes diffus\u00e9s essentiellement en wolof, les populations ont fini par trouver leur bonheur dans ces radios qui collaient bien \u00e0 leurs pr\u00e9occupations. Certaines d\u2019entre elles, bien que portant les noms de villages bien du Fuuta, \u00e9mettent en r\u00e9alit\u00e9 sur le net, \u00e0 partir des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique ou du Canada ( c\u2019est le cas de Daw FM et de Radio Haayre-Laaw auxquelles il faut ajouter Pulaar Speaking, une radio d\u2019Association ). Pour les capter, les auditeurs se servent de leurs t\u00e9l\u00e9phones portables : il suffit de payer une connexion internet dont le co\u00fbt est quasiment \u00e0 la port\u00e9e de tous, avec la baisse incessante des prix ; donc une solution quasi parfaite permettant d\u2019\u00e9chapper \u00e0 ce qui est per\u00e7u comme la tyrannie d\u2019une langue et d\u2019une culture. Du coup, nos parents nous ont eux-m\u00eames demand\u00e9 de ne plus faire d\u2019avis de d\u00e9c\u00e8s sur la RTS mais plut\u00f4t sur les radios locales au motif qu\u2019ils \u00e9coutaient surtout d\u00e9sormais Radio Demet, Radio Tulde, Radio D\u00f3\u0257\u00e9l, etc. Et cerise sur le g\u00e2teau, les groupes WhatsApp de tous types et de toutes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">tailles ach\u00e8vent de \u00ab d\u00e9connecter \u00bb presque totalement les ruraux poularophones des programmes radio de la RTS.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 ces radios s\u2019ajoutent de plus en plus des t\u00e9l\u00e9visions en ligne parmi lesquelles on peut citer : RTFI (t\u00e9l\u00e9 Ful\u0253e Internationale), Pulaagu, Manda TV S\u00e9n\u00e9gal, Ful\u0253e Production, Piindi TV, Afrika Pulaar TV, Pinal TV Mali, Pinal TV Winndere, Fuuta Vision TV, Fouta Plus, Kawral Production, Tiitoonde TV, Tele Mbedda M\u00f3ritani, PPM TV, Hoodere Pulaagu, Ful\u0253e TV, Fewdaare Fouta TV (Guin\u00e9e, Fuuta Jalo\u014b). Parmi ces t\u00e9l\u00e9visions, les plus suivies sont : Afrika Pulaar TV, avec 200 000 abonn\u00e9s sur Facebook et ip tv ; Piindi TV, avec 192 000 abonn\u00e9s sur YouTube et ip tv ; RTFI, avec 45 000 abonn\u00e9s sur Facebook et ip tv.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tant donn\u00e9 que TFI (cha\u00eene g\u00e9n\u00e9raliste) et Pulaagu (cha\u00eene th\u00e9matique diffusant des s\u00e9ries et des dramatiques), sont d\u00e9sormais sur Canal+ et sont accessibles moyennant un abonnement, rien n\u2019emp\u00eache plus d\u00e9sormais les t\u00e9l\u00e9spectateurs insatisfaits de prendre le large. Les choses sont encore plus simples pour Marodi TV Pulaar qui est sur YouTube. Comme Sunu Yeuf occupe la 3\u00e8me place du top 9, avec 10% de parts d\u2019audience derri\u00e8re TFM (13%) et Sen TV (12%), il est fort probable qu\u2019avec la naissance de Pulaagu (pr\u00e9sent sur Canal+ comme Sunu Yeuf), la RTS, d\u00e9j\u00e0 absente de ce top 9, d\u00e9gringolera un peu plus du fait de la perte de ses t\u00e9l\u00e9spectateurs poularophones. Il est donc temps que ses dirigeants se demandent si cette descente aux enfers n\u2019est pas li\u00e9e \u00e0 une wolofisation de plus en plus pouss\u00e9e, qui fait fuir tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce choix parce qu\u2019ils pensent avoir un droit de \u00ab visibilit\u00e9 \u00bb sur une t\u00e9l\u00e9vision qui, en th\u00e9orie, appartient \u00e0 tous. En effet ce choix, qui peut \u00eatre pardonn\u00e9 aux t\u00e9l\u00e9visions priv\u00e9es, ne peut l\u2019\u00eatre pour la RTS qui pensait faire face \u00e0 leur concurrence en clonant leurs programmes en wolof et en r\u00e9duisant de mani\u00e8re drastique les programmes dans les autres langues du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan de la t\u00e9l\u00e9phonie, la porte que refuse d\u2019ouvrir Orange pour des raisons que rien ne justifie, sera grandement ouverte par l\u2019op\u00e9rateur Free qui va offrir \u00ab <em>bient\u00f4t la possibilit\u00e9 de choisir la langue pulaar avec le service client, de parler \u00e0 des t\u00e9l\u00e9conseillers dans cette langue <\/em>\u00bb. Free va m\u00eame proposer un service adapt\u00e9 aux \u00e9leveurs, majoritairement poularophones : une puce pour lutter contre le vol du b\u00e9tail ! Pour plus de d\u00e9tails, suivre le lien https:\/\/<a href=\"http:\/\/www.seneweb.com\/news\/Societe\/le-pulaar-dans-\">www.seneweb.com\/news\/Societe\/le-pulaar-dans-<\/a> les-supports-de-communica_n_431859.html. D\u00e9cid\u00e9ment, on n\u2019est plus au temps de Fran\u00e7ois 1er mais bien sous le r\u00e8gne de la r\u00e9volution technologique qui ne permet plus l\u2019uniformit\u00e9. En effet, comme le t\u00e9l\u00e9phone portable permet de recevoir tout ce qu\u2019on souhaite, assurant ainsi une ind\u00e9pendance et une libert\u00e9 quasi totales \u00e0 tous, il devient impossible d\u2019emp\u00eacher une diffusion de masse de contenus qui, progressivement, creuseront un foss\u00e9 de plus en plus profond et large entre le groupe et le reste de la communaut\u00e9 nationale. Autrement dit, on aura un r\u00e9sultat aux antipodes de celui qui \u00e9tait recherch\u00e9 : \u00e0 la place de l\u2019unit\u00e9 et de la coh\u00e9sion forc\u00e9es, on va semer et laisser se d\u00e9velopper les germes de la division entre nos diff\u00e9rents groupes linguistiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les S\u00e9n\u00e9galais qui veulent se faire assimiler pour diverses raisons individuelles ou collectives peuvent le faire en toute libert\u00e9 mais vouloir imposer l\u2019assimilation \u00e0 tous par l\u2019h\u00e9g\u00e9monie forc\u00e9e d\u2019une langue est un projet insens\u00e9, gros de menaces pour notre pays ; et qui ne nous garantira m\u00eame pas une plus grande unit\u00e9 nationale, au contraire. En effet, depuis le g\u00e9nocide rwandais de 1994, cette certitude aussi est tomb\u00e9e : Tutsis et Hutus parlent tous le kinyarwanda et pourtant la d\u00e9sunion et la haine entre eux \u00e9taient telles que les premiers furent massacr\u00e9s sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me par les seconds \u00e0 hauteur du chiffre effarant de 800 000 personnes ou plus ! Puisque nos autorit\u00e9s actuelles sont convaincues qu\u2019il faut mettre nos enfants \u00e0 l\u2019anglais d\u00e8s le primaire (d\u00e9cision dont l\u2019exp\u00e9rimentation d\u00e9bute d\u00e8s la rentr\u00e9e 2024-2025), \u00e0 quoi bon d\u00e9velopper un ghetto linguistique qui n\u2019a aucune chance de d\u00e9passer les fronti\u00e8res orientales du S\u00e9n\u00e9gal et \u00e0 plus forte raison conqu\u00e9rir le continent comme on aurait pu le faire avec le choix d\u2019une autre langue ? Revenons \u00e0 la raison et trouvons un am\u00e9nagement linguistique plus \u00e9quitable et plus respectueux de nos r\u00e9alit\u00e9s !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucun peuple n\u2019a renonc\u00e9 \u00e0 sa langue sans la violence dont la forme peut varier : elle peut \u00eatre physique ou morale. Or le contexte actuel du S\u00e9n\u00e9gal et du monde ne permet d\u2019user d\u2019une violence du genre de celle qui a tu\u00e9 certaines langues dans l\u2019histoire. Le prix \u00e0 payer serait trop fort pour un r\u00e9sultat quasi inatteignable. La paix n\u2019a pas de prix.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>LES POLITIQUES ET LES RELIGIEUX DOIVENT S\u2019ASSUMER<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nos politiciens, hommes et femmes, doivent mieux s\u2019assumer. La plupart des formations politiques qu\u2019ils lancent portent des noms wolofs ou fran\u00e7ais, le pulaar \u00e9tant d\u00e9daign\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ancien ministre d\u2019\u00c9tat des affaires \u00e9trang\u00e8res de Wade cr\u00e9a, en 2010, un parti auquel il donna pour nom \u00ab MPC\/Luy Jot Jotna \u00bb (Mouvement Politique Citoyen\/Luy Jot Jotna). Comme on le voit, il a ignor\u00e9 le pulaar et choisi le fran\u00e7ais et le wolof. Faisant preuve de plus de prudence sans doute du fait de son enracinement plus solide, celle qui fut le maire de Podor lan\u00e7a, en 2017, un mouvement politique d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab Oser l\u2019Avenir \u00bb. C\u2019est du fran\u00e7ais certes mais elle ne tourne pas le dos \u00e0 sa langue maternelle au profit d\u2019une autre langue du pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le parti d\u2019un autre Podorois s\u2019appelle AG\/Jotna et sa nouvelle coalition mise sur pied \u00e0 l\u2019occasion des l\u00e9gislatives de novembre 2024 a pour nom \u00ab And Gor \u00bb. Et pourtant, cette personne est bien n\u00e9e \u00e0 Podor, en plein Fuuta et parle pulaar. Pour \u00eatre juste cependant, reconnaissons que c\u2019est cette m\u00eame personne qui lan\u00e7a, dans le cadre du d\u00e9ploiement de \u00ab Senegaal Dem-Dikk \u00bb, une ligne \u00ab Fuuta Yaa- Ngartaa \u00bb (entre Richard-Toll et Haayre-Laaw) malgr\u00e9 la contestation du syndicat de la compagnie sur le choix d\u2019un nom en pulaar, d\u2019apr\u00e8s Gondiel Ka.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l\u2019ancien Premier ministre et candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence a donn\u00e9 \u00e0 son parti le nom de \u00ab Nouvelle Responsabilit\u00e9 \u00bb, il a aussi lanc\u00e9 une coalition d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab J\u00e0mm Ak Njari\u00f1 \u00bb ; encore du wolof pour une organisation dont le leader est un poularophone. Ici, reconnaissons qu\u2019il n\u2019a pas les mains libres et que ce choix s\u2019explique sans doute par le consensus qu\u2019il a d\u00fb trouver avec ses partenaires.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"303\" height=\"252\" src=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani8.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-812\" style=\"width:264px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani8.jpg 303w, https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani8-300x250.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 303px) 100vw, 303px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"250\" height=\"152\" src=\"https:\/\/amanitv.media\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/amani9.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-813\" style=\"width:241px;height:auto\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il aura suivi en cela les pas du pr\u00e9sident sortant qui avait appel\u00e9 son parti APR (Alliance Pour La R\u00e9publique) et sa coalition \u00ab Bennoo Bokk Yaakaar \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce tableau morose pour le pulaar, deux exceptions \u00e0 noter : la coalition \u00ab Addu Jam (AJ)\u00bb, (Apporte le Bien) en pulaar, compos\u00e9e d\u2019agriculteurs et d\u2019\u00e9leveurs, a os\u00e9 choisir un nom enti\u00e8rement en pulaar. C\u2019est aussi le cas de la coalition \u00ab Nafoore S\u00e9n\u00e9gal \u00bb dont la base est le d\u00e9partement de Goudiry, au \u0181unndu. Ces faits m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre not\u00e9s. Malheureusement, nous venons d\u2019apprendre (7\/10\/2024 \u00e0 19h 34) que la premi\u00e8re coalition a \u00e9t\u00e9 recal\u00e9e parce que son ch\u00e8que a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9. Au moins voil\u00e0 des gens qui n\u2019ont pas tourn\u00e9 le dos \u00e0 leur langue pour des raisons \u00e9lectoralistes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que nos politiciens et politiciennes ne s\u2019y trompent pas, Ce n\u2019est pas en renon\u00e7ant \u00e0 ce qu\u2019on est qu\u2019on aura \u00e0 coup s\u00fbr l\u2019\u00e9lectorat wolofophone qu\u2019ils courtisent. Et que l\u2019\u00e9lectorat poularophone le dise ou non, il ne peut \u00eatre content d\u2019un tel manque de consid\u00e9ration pour sa langue, et cela peut faire beaucoup de d\u00e9\u00e7us qui peuvent faire tr\u00e8s mal. Qu\u2019ils trouvent des noms de partis dans lesquels leurs<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">bases \u00e9lectorales, avant tout poularophones, se retrouvent. La le\u00e7on que Macky a r\u00e9guli\u00e8rement re\u00e7ue dans une certaine zone du pays malgr\u00e9 les investissements sans pr\u00e9c\u00e9dents effectu\u00e9s pour elle et les actes d\u2019all\u00e9geance \u00e0 l\u2019endroit de ses dignitaires doit les faire m\u00e9diter : ce n\u2019est donc pas avec un nom de parti emprunt\u00e9 au wolof qu\u2019on fera oublier \u00e0 certains supr\u00e9macistes \u00e0 quelle communaut\u00e9 on appartient ! Et comme pour ce Jiggeejo (un parent \u00e0 plaisanterie) qui, sentant un gros poisson sous son pied, l\u00e2che celui qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 dans sa main pour pouvoir attraper celui qui \u00e9tait sous son pied, il y a fort \u00e0 parier qu\u2019ils perdront l\u2019un sans avoir pris l\u2019autre ; l\u00e2chant ainsi la proie pour l\u2019ombre !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nos guides religieux aussi doivent faire plus attention \u00e0 l\u2019usage du pulaar lors de c\u00e9r\u00e9monies sp\u00e9cifiques au groupe mais aussi dans leurs sermons. Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit ailleurs, quand quelqu\u2019un se d\u00e9place de Gu\u00e9diawaye \u00e0 la mosqu\u00e9e omarienne (pour prendre un exemple significatif) pour la pri\u00e8re ou la wazifa du vendredi, les deux grandes pri\u00e8res du calendrier musulman, ce n\u2019est pas pour entendre un sermon ou une communication faits en grande partie en wolof. Il serait rest\u00e9 dans son quartier s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 la recherche d\u2019autre chose. Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, lors de sa ziarra annuelle, le pulaar doit occuper une place centrale parce que de nombreuses personnes qui viennent de l\u2019arri\u00e8re-pays ne comprennent ni ne parlent wolof. Dans cette mosqu\u00e9e, il y a donc un \u00e9quilibre \u00e0 trouver entre le pulaar qui doit \u00eatre sa premi\u00e8re langue et le wolof qu\u2019il faut aussi utiliser pour les wolofophones qui y prient du fait du voisinage. Comme on dit en pulaar \u00ab yi\u0257ande hoore mum, wonaa a\u00f1ande banndum \u00bb (\u00ab vouloir pour soi-m\u00eame, ce n\u2019est pas vouloir priver le proche \u00bb. Parlons d\u2019abord notre langue dans les lieux de culte qui nous sont sp\u00e9cifiques. Dans la mosqu\u00e9e de la Cit\u00e9 Assembl\u00e9e, les sermons sont faits en wolof m\u00eame par l\u2019imam titulaire qui est plus \u00e0 l\u2019aise en pulaar que dans cette langue. Nous trouvons cette pratique normale parce que le wolof est largement majoritaire dans cette zone. Le d\u00e9sir de satisfaire les fid\u00e8les de langue wolof ne doit pas amener nos guides \u00e0 en oublier la langue de leur communaut\u00e9. Ils doivent s\u2019organiser pour satisfaire les uns et les autres. Avec un agenda dont l\u2019objectif est, clairement, d\u2019\u00e9touffer toutes les autres langues au profit d\u2019une seule, il n\u2019y a plus aucun complexe \u00e0 porter en bandouli\u00e8re son pulaar ou son seereer et \u00e0 avoir la garde haute jusqu\u2019au jour o\u00f9 chaque langue du pays aura sa juste place dans notre am\u00e9nagement linguistique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">CONCLUSION<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paradoxalement Macky a \u00e9t\u00e9 aussi celui par lequel a d\u00e9but\u00e9 l\u2019inversion tant redout\u00e9e par Path\u00e9 Diagne, Cheikh Anta Diop ainsi que tous ceux qui militent pour le choix imm\u00e9diat du wolof comme langue officielle en donnant une remarquable impulsion au d\u00e9veloppement de l\u2019int\u00e9rieur du pays. Son slogan \u00ab Un S\u00e9n\u00e9gal de tous et pour tous \u00bb r\u00e9sume parfaitement son action. Il lan\u00e7a donc les instruments de ce d\u00e9veloppement (PUDC, PUMA, DAC etc.), avec comme objectif prioritaire l\u2019\u00e9lectrification rurale et les infrastructures de transport et de d\u00e9senclavement des r\u00e9gions de l\u2019int\u00e9rieur. Les bases du d\u00e9collage \u00e9conomique \u00e9taient ainsi construites, permettant de ce fait le d\u00e9but du processus de rattrapage entre le centre-ouest et le reste du pays. \u00c0 terme, les cons\u00e9quences d\u2019un tel processus seront la fixation des populations dans leurs terroirs o\u00f9 elles pourront s\u2019\u00e9panouir sans devoir d\u00e9sormais se rendre en pays wolof o\u00f9 certains de leurs anc\u00eatres sont rest\u00e9s d\u00e9finitivement et se sont fait assimiler. Cette politique d\u2019\u00e9quit\u00e9, beaucoup de ceux qui ont profit\u00e9 jusqu\u2019ici de l\u2019exclusivit\u00e9 des actions de d\u00e9veloppement entreprises par l\u2019\u00c9tat et qui sont conscients de la diminution cons\u00e9cutive de l\u2019influence de leur terroir, de leur culture mais surtout de leur langue, ne l\u2019ont jamais pardonn\u00e9e \u00e0 Macky. Cela pourrait expliquer la constance du vote d\u00e9favorable qu\u2019il essuya du d\u00e9but \u00e0 la fin de son mandat dans certaines zones du pays. L\u2019acharnement de Macky \u00e0 museler le pulaar et les autres langues avait essentiellement pour objectif de chercher \u00e0 \u00e9viter les foudres de ces nostalgiques de la supr\u00e9matie du pays wolof. Peine perdue car il fut accus\u00e9 d\u2019investir toutes les richesses du pays au Fuuta ; en un mot, de faire du \u00ab Ne\u0257\u0257o ko banndum \u00bb quand tous les faits objectifs<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">montraient que d\u2019autres r\u00e9gions ont eu une part plus importante dans ses investissements: autoroute Ilaa-Tuubaa, pont sur la Gambie, diff\u00e9rents ponts et routes en Casamance, au S\u00e9n\u00e9gal Oriental, dans la r\u00e9gion de Fatick, autoponts, TER et BRT \u00e0 Dakar, h\u00f4pitaux de derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration dans plusieurs r\u00e9gions. On voit bien donc que l\u2019aversion (nous pesons bien nos mots) de Macky Sall que charri\u00e8rent certains r\u00e9seaux sociaux ne peut pas s\u2019expliquer par une injustice excessive \u00e0 l\u2019endroit de certaines communaut\u00e9s ou r\u00e9gions. Il y a incontestablement un sentiment que nous n\u2019aimerions pas qualifier mais qui devrait inqui\u00e9ter tous les S\u00e9n\u00e9galais conscients et soucieux de l\u2019harmonie, mieux, de l\u2019amour qui doit pr\u00e9valoir entre les diff\u00e9rentes composantes de ce pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les langues \u00e9tant les outils d\u2019expression, de communication mais aussi les \u00e9l\u00e9ments qui incarnent le plus l\u2019identit\u00e9 des communaut\u00e9s humaines, toutes les d\u00e9cisions qui les concernent doivent \u00eatre pes\u00e9es et repes\u00e9es minutieusement avant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9es. \u00c0 70 ans pass\u00e9s, on peut s\u2019autoriser certaines v\u00e9rit\u00e9s, avec l\u2019espoir qu\u2019elles tomberont dans de \u00ab bonnes oreilles \u00bb. Le pulaar n\u2019est pas une petite langue : il ne l\u2019est pas au S\u00e9n\u00e9gal o\u00f9, sur le plan g\u00e9ographique, il est la premi\u00e8re du pays mais aussi en Afrique o\u00f9 il occupe la 4\u00e8me place du point de vue du nombre des locuteurs et la premi\u00e8re (des langues autochtones africaines) du point de vue de l\u2019\u00e9tendue g\u00e9ographique. Si l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Afrique a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans cette langue, ce n\u2019est pas par hasard. Si le pulaar a \u00e9t\u00e9 pressenti pour faire partie des langues de travail de l\u2019Union Africaine, ce n\u2019est pas non plus par hasard. Une telle langue ne peut pas \u00eatre mise entre parenth\u00e8ses ou \u00e9touff\u00e9e comme un dialecte parl\u00e9 par quelques individus. Cette v\u00e9rit\u00e9-l\u00e0, tous les intellectuels wolofs lucides, \u00e9pris de paix et de justice doivent l\u2019admettre au lieu de faire la sourde oreille et de fermer les yeux sur ce qui se passe actuellement au risque de mettre en p\u00e9ril cette paix si appr\u00e9ciable que beaucoup d\u2019Africains nous envient. Nous leur rappelons \u00e0 cet \u00e9gard une chose qu\u2019ils n\u2019ignorent pas, \u00e0 savoir que le vrai intellectuel est celui qui s\u2019implique pour combattre l\u2019injustice. Nous ne voulons pas \u00eatre un oiseau de mauvais augure : la tourmente nous menace d\u00e9j\u00e0 tant des frustrations de plus en plus difficiles \u00e0 contenir s\u2019accumulent. Et si nous voulons rester en paix, suivons ces grands pays cit\u00e9s ci-dessus et \u00e9coutons l\u2019un de nos plus brillants intellectuels, pour ne pas le nommer, le Professeur Souleymane Bachir Diagne qui, courageusement, a recommand\u00e9, \u00e0 plusieurs occasions le multilinguisme pour le n\u00f4tre. Que nos gouvernants refusent donc d\u2019\u00e9couter le chant de certains tritons et s\u2019engagent r\u00e9solument et irr\u00e9versiblement dans la voie d\u2019un multilinguisme salvateur. Sur la base de la proposition de Samba Diould\u00e9 Thiam, \u00ab <strong>la possession d\u2019au moins trois langues <\/strong>[dont le fran\u00e7ais]<strong>, par tout \u00e9l\u00e8ve qui termine le cycle primaire <\/strong>\u00bb, il faut oser demander aux Wolofs de faire un effort d\u2019ouverture vers les autres langues car le probl\u00e8me se pose surtout chez eux. Si l\u2019option de l\u2019officialisation devait \u00eatre retenue, que ce soit, au minimum, avec nos trois premi\u00e8res langues qui s\u2019imposent par leur poids d\u00e9mographique et g\u00e9ographique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">LIVRES EN PULAAR \u00c9CRITS PAR L\u2019AUTEUR :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Paal\u00e9l njuumri.<\/em><em> <\/em><em>Binndan\u0257e<\/em><em> <\/em><em>e<\/em><em> <\/em><em>jeewte<\/em><em> <\/em>(La gourde de miel, \u00e9crits et conf\u00e9rences), Dakar, \u00c9ditions Papyrus-GIE, 2000, 2005, 2019.<\/li>\n\n\n\n<li><em>Sawru Ganndal.<\/em><em> <\/em><em>Yoo Tuubaako<\/em><em> <\/em><em>artir<\/em><em> <\/em><em>jabbere<\/em><em> <\/em><em>mum<\/em><em> <\/em>(l\u2019arme du savoir. Que le Blanc soit plus modeste), Dakar, \u00c9ditions Papyrus Afrique, 2005, 2019 ; existe aussi enaudio (Ch\u00e9rif Ba, sur YouTube).<\/li>\n\n\n\n<li><em>Ful\u0253e gila H\u00e9li-e-Yooyo haa Fuuta Tooro <\/em>(Les Peuls de H\u00e9li-et-Yoyo au Fouta Toro), Dakar, \u00c9ditions Papyrus Afrique\/Presses Universitaires de Dakar, 2012.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">QUELQUES LIENS UTILES ET FACILEMENT ACCESSIBLES<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"https:\/\/traduc.com\/blog\/langues-plus-parlees-afrique\/\">https:\/\/traduc.com\/blog\/langues-plus-parlees-afrique\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/monde\/swahili.htm\">https:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/monde\/swahili.htm<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.google.com\/search?q=Le%2Bpoular%2Ben%2BAfrique&amp;rlz=1C1PRFI_frSN822SN822&amp;oq=Le%2Bpoular%2Ben%2BAfrique&amp;gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIHCAEQIRigATIHCAIQIRigAdIBCTEzNzgxajBqNKgCALACAQ&amp;sourceid=chrome&amp;ie=UTF-8\">https:\/\/www.google.com\/search?q=Le+poular+en+Afrique&amp;rlz=1C1PRFI_frSN822SN822&amp;oq=Le+poular+en+<\/a> <a href=\"https:\/\/www.google.com\/search?q=Le%2Bpoular%2Ben%2BAfrique&amp;rlz=1C1PRFI_frSN822SN822&amp;oq=Le%2Bpoular%2Ben%2BAfrique&amp;gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIHCAEQIRigATIHCAIQIRigAdIBCTEzNzgxajBqNKgCALACAQ&amp;sourceid=chrome&amp;ie=UTF-8\">Afrique&amp;gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIHCAEQIRigATIHCAIQIRigAdIBCTEzNzgxajBqNKgCALACAQ&amp;sourcei<\/a> <a href=\"https:\/\/www.google.com\/search?q=Le%2Bpoular%2Ben%2BAfrique&amp;rlz=1C1PRFI_frSN822SN822&amp;oq=Le%2Bpoular%2Ben%2BAfrique&amp;gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyBggAEEUYOTIHCAEQIRigATIHCAIQIRigAdIBCTEzNzgxajBqNKgCALACAQ&amp;sourceid=chrome&amp;ie=UTF-8\">d=chrome&amp;ie=UTF-8<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/translatorswithoutborders.org\/language-data-for-senegal\">https:\/\/translatorswithoutborders.org\/language-data-for-senega<\/a>l<\/li>\n\n\n\n<li>https:\/\/<a href=\"http:\/\/www.seneplus.com\/opinions\/contribution-au-debat-sur-les-langues-nationales\">www.seneplus.com\/opinions\/contribution-au-debat-sur-les-langues-nationales<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>https:\/\/<a href=\"http:\/\/www.google.com\/search?q=Langues%2Bdu%2BNigeria&amp;rlz=1C1PRFI_frSN822SN822&amp;oq=Langue\">www.google.com\/search?q=Langues+du+Nigeria&amp;rlz=1C1PRFI_frSN822SN822&amp;oq=Langue<\/a> s+du+Nigeria&amp;gs_lcrp=EgZjaHJvbWUyCQgAEEUYORiABDIKCAEQABiiBBiJBTIKCAIQABiABBiiBNIBCjE4O Tk0ajBqMTWoAgiwAgE&amp;sourceid=chrome&amp;ie=UTF-8#vhid=4rC3_qE4mIlt_M&amp;vssid=l<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/translatorswithoutborders.org\/languages-of-senegal-interactive-en\/\">https:\/\/translatorswithoutborders.org\/languages-of-senegal-interactive-en\/<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/afrique\/afriquesud-4pol-linguistique.htm\">https:\/\/www.axl.cefan.ulaval.ca\/afrique\/afriquesud-4pol-linguistique.htm<\/a><\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/www.impact.sn\/Concertation-s-nationale-s-et-langues-nationales-par-Samba-Dioulde-Thiam_a13801.html\">https:\/\/www.impact.sn\/Concertation-s-nationale-s-et-langues-nationales-par-Samba-Dioulde-<\/a> <a href=\"https:\/\/www.impact.sn\/Concertation-s-nationale-s-et-langues-nationales-par-Samba-Dioulde-Thiam_a13801.html\">Thiam_a13801.html<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>https:\/\/<a href=\"http:\/\/www.geschichte-afrikas.uni-bayreuth.de\/de\/team\/02-Joel-\">www.geschichte-afrikas.uni-bayreuth.de\/de\/team\/02-Joel-<\/a> Glasmann\/Publikationen_Bilder-und-Dokumente\/Text_Afrique-et-histoire.pdf<\/li>\n\n\n\n<li><a href=\"https:\/\/hal.science\/hal-03640374\/document\">https:\/\/hal.science\/hal-03640374\/document<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>https:\/\/shs.cairn.info\/revue-les-enjeux-de-l-information-et-de-la-communication-2021-22-page- 181?lang=fr<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pr Aboubacry Moussa LAM<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>INTRODUCTIONLa r\u00e9cente contribution cosign\u00e9e par Ngugi wa Thiongo et Boubacar Boris Diop, \u00e0 laquelle r\u00e9pond cellede Boubou Sanghote, auxquelles viennent s\u2019ajouter celles ant\u00e9rieures du m\u00eame Boubacar Boris Diopet de Souleymane Bachir Diagne nous poussent toutes \u00e0 nous pencher sur une question \u00e0 laquelle nostravaux acad\u00e9miques et notre statut d\u2019\u00e9crivain en langue pulaar nous avaient d\u00e9j\u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":814,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-804","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v18.5.1 - 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