La Mauritanie ne se réduit pas à l’arabe : la candidature de Coumba Bâ à l’épreuve de sa diversité


Par Abda Wone


J’ai un souvenir précis de la famille de Dr Coumba Bâ, bien avant qu’elle ne devienne la candidate de la Mauritanie au secrétariat général de la Francophonie.


En 1985, son père, Mamadou Nalla Ba, alors inspecteur de l’enseignement, était venu inspecter notre enseignant, M. Hamady Yero Ba, à l’École 1 de Kaédi. Ce fut une belle journée d’enseignement pour nous, élèves : le voir enseigner restera, pour beaucoup d’entre nous, un moment marquant. Sa mère enseignait, elle aussi, dans la même école. J’étais dans la même classe que son frère, devenu depuis mon ami d’enfance.


Dans cette maison, l’école, le dévouement, la culture et l’engagement pour la Francophonie n’étaient pas des mots : c’était une manière d’être.
C’est pourquoi la circulaire du ministre Mohamed Ould Bebana, imposant l’arabe comme seule langue des correspondances adressées à son cabinet, interpelle. Elle ne concerne pas seulement une question de langue : elle touche à l’idée même que la Mauritanie se fait d’elle-même.


La Mauritanie est arabe et africaine, multilingue et plurielle. L’arabe appartient profondément à son histoire, à sa culture et à son identité. Le reconnaître ne devrait pourtant jamais conduire à nier les autres composantes qui ont façonné le pays. Le problème n’est donc pas l’arabe. Le problème commence lorsqu’une langue, quelle qu’elle soit, prétend occuper à elle seule tout l’espace national et effacer les autres.


Réduire l’administration à une seule langue, c’est risquer d’en exclure des compétences, des citoyens et une partie de l’histoire du pays. C’est surtout envoyer un message contradictoire au moment où la Mauritanie demande au monde de soutenir Coumba Bâ pour diriger une Francophonie fondée sur le dialogue, la diversité et l’ouverture.


La candidature de Coumba Bâ doit précisément être celle d’une Mauritanie qui ne choisit pas entre ses identités. Une Mauritanie suffisamment sûre d’elle-même pour honorer l’arabe, promouvoir ses langues nationales et assumer son rapport historique au français. Une Mauritanie qui respecte ses enseignantes, ses femmes et ses minorités, et qui dialogue avec les grandes voix de la culture africaine.
Elle devrait notamment écouter des personnalités comme le poète sénégalais Amadou Lamine Sall, en qui une partie de l’intelligentsia africaine avait cru lorsqu’il portait lui-même l’ambition de représenter la Francophonie. Car la Francophonie dont l’Afrique a besoin ne peut plus être uniquement une affaire de langue : elle doit aussi être un espace de dialogue des cultures, de circulation des idées et d’affirmation de la diversité africaine.


L’arabisation à outrance n’est pas un projet de grandeur : c’est un projet d’appauvrissement. Non parce que l’arabe aurait trop de place en Mauritanie, mais parce qu’aucune langue ne devrait servir à réduire ou à invisibiliser les autres dimensions de l’identité nationale.
La Mauritanie n’a pas besoin de choisir entre son arabité et son africanité. Elle est pleinement l’une et pleinement l’autre. Sa richesse réside justement dans cette rencontre, dans cette pluralité de langues, de cultures, de mémoires et d’appartenances.


Vouloir l’enfermer dans une identité unique ne la renforce pas. C’est l’amputer d’une partie d’elle-même.

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